J’ai regardé « 13 reasons why »

J’ai trouvé que c’était très bien fait, que les acteurs étaient excellents, et je me suis facilement attachée aux personnages (je ne sais pas comment ça se compare avec le livre, je ne l’ai pas lu et je n’ai pas envie de le lire).

Comment savoir qu’une série controversée est bien faite?
Vous êtes constamment énervé et/ou perplexe.

Beaucoup de choses m’ont exaspérée dans la façon dont Hannah, le personnage principal au destin funeste, vit sa vie et fait ce qu’elle fait: tout est montré de son point de vue d’ado et si j’étais tant choquée, c’est le signe que la série est bien ficelée et fonctionne! Si vous êtes entourés d’ados, c’est encore plus frappant: chacune de ses décisions est prise avec un cerveau bien reptilien comme il faut. Hannah n’est pas une adulte et ne réfléchit pas comme tel. Son système de pensée est irrationnel, ses actions sont complètement liées à ses émotions. C’est une hypersensible — il y a notamment une scène dans le couloir bondé de son lycée où quelqu’un la heurte à l’épaule sans le vouloir; elle prend ce geste maladroit comme une attaque personnelle de grande force, alors que ce n’était pas dirigé contre elle.

Ce qui exaspère encore plus que les choix qu’Hannah fait, c’est la façon dont les causes de son suicide sont présentées; mais encore une fois, il faut bien garder en tête que toute la série est présentée de son point de vue à elle et non pas d’un point de vue omniscient et externe. C’est justement cela que je souhaite aborder: quand quelqu’un se suicide, ce n’est jamais la faute de ceux qui restent. 

Certes, la série présente — outre la scène très difficile du suicide — des thèmes comme la violence physique, la dépression, le rejet, l’alcoolisme, le harcèlement scolaire (notamment augmenté par les réseaux sociaux) et le viol. Mais ce qui est plus dur, selon moi, c’est de regarder les 13 épisodes en sachant que le personnage principal proclame les gens autour d’elle comme responsables de sa mort.

On peut facilement imaginer qu’un public plus jeune et/ou plus fragile, pourrait croire que cette façon de penser est typique ou normale, et que c’est une vérité absolue. Non seulement c’est présenté ainsi par le personnage principal, mais c’est relayé à travers le fait que les autres lycéens ont terriblement peur d’être des accusés.

Certains adolescents ne verront pas nécessairement qu’il s’agit uniquement du point de vue du personnage principal, c’est pourquoi il est important, je pense, de les accompagner s’ils souhaitent visionner la série ou lire le roman. On peut par exemple ouvrir la discussion en demandant si certains mots, certaines actions, auraient pu permettre à Hannah de prendre des décisions différentes. Y a-t-il réellement quelque chose qui aurait pu aider Hannah à survivre?

Sans pour autant donner des réponses toutes faites, je crois qu’il est nécessaire d’amener ce public plus jeune et/ou plus fragile à découvrir par lui-même que :

  • la série ne fait pas du tout l’apologie du suicide
  • le suicide n’est ni romantique ni héroïque et n’est pas typique de quelqu’un qui souffre de harcèlement ou qui se trouve en situation de détresse psychologique
  • parler ouvertement de détresse personnelle et de suicide n’engendre pas le suicide (autrement dit, ce n’est pas contagieux!), ce n’est pas une idée qu’on plante en quelqu’un et qui germera ensuite
  • quand bien même tout le monde ne sait pas quoi dire à quelqu’un qui démontre une détresse telle que celle d’Hannah et des pensées suicidaires, il y a des professionnels très qualifiés qui peuvent réellement aider
  • la nullité du conseiller du lycée d’Hannah n’est qu’une dramatisation hollywoodienne; dans la réalité (du moins aux US), cette profession est formée à la psychologie et aux situations de crise, de la même façon qu’un professionnel en cabinet ou hôpital
  • faire un selfie devant le casier décordé d’une personne qui s’est suicidée est inapproprié — d’ailleurs, dresser un monument commémoratif pour une personne qui s’est donné la mort n’est pas du tout une pratique recommandée, ça ne serait pas autorisé dans une école
  • les cassettes d’Hannah accusent certaines personnes d’être responsables de sa mort — le suicide de quelqu’un n’est JAMAIS la faute de ceux qui restent 
  • il existe des groupes de soutiens et de l’aide pour ceux qui ont perdu quelqu’un à cause d’un suicide

Enfin, si vous êtes sensible aux scènes télévisuelles difficiles, ou si vous êtes parents, sachez que les épisodes comportant des moments critiques, tels que des scènes de viols, de violence physique, ou avec beaucoup de sang, sont précédés d’une alerte écrite sur l’écran. Je ne suis pas spécialement sensible au sang et au gore à la télé, mais le dernier épisode reste très difficile à voir. Il s’agit d’une scène continue donc vous pouvez, si vous en ressentez le besoin, faire « avance rapide ». Etant mère, la scène la plus perturbante pour moi a été celle où les parents d’Hannah la trouvent morte. Après réflexion, j’aurais souhaité ne pas voir ce moment de la série.

*****

Il y a trois ans, le frère ainé d’une de mes élèves s’est suicidé. La communauté s’est affolée, notamment car il s’agit d’un district où les élèves sont soumis à une pression académique énorme et où il faut toujours en faire plus. Si vous êtes entourés d’ados, si vous vivez vous aussi dans une communauté avec un fort potentiel académique (université de l’Ivy League, par exemple), voici quelques pistes qui doivent vous alerter:

  • un adolescent qui a l’air triste et incapable de faire quoi que ce soit, tous les jours pendant au moins quinze jours de suite
  • un adolescent qui boit de l’alcool de façon excessive (plus de 5 verres de suite)
  • un adolescent qui souffre d’un grand stress, d’une pression académique de malade
  • un adolescent qui cumule les activités extra-scolaires par pression ou peur du futur (universités toujours plus sélectives, etc.)

Violences familiales: quelques ressources

Tout d’abord, je tiens à remercier tous ceux qui sont passés par ici, qui m’ont lue, qui m’ont laissé des commentaires bienveillants, des petits mots, et aussi tous ceux avec qui j’en ai discuté en dehors. Parler (et écrire) m’aide énormément! Le fait de savoir que cette phase de ma vie, cette souffrance, sont reconnues, ça me permet d’aller de l’avant. Le fait de savoir aussi qu’on peut sortir de cet engrenage, qu’on est pas coincé dans cette boîte et destiné à reproduire son propre passé, ça me fait un bien fou! Et ça, c’est grâce à vous <3

Vous pouvez retrouver mes précédents articles sur les violences familiales ici:
Méchante
Quand plus rien d’autre n’est possible
Ping-pong émotionnel
Comprendre, pardonner, avancer

Certains sont protégés par un mot de passe (le même pour tous; le temps que les choses se calment du côté de ma famille, je préfère éviter d’être à nouveau insultée et accusée d’insanité) mais je pense pouvoir bientôt les réouvrir au public. Je ne les ai pas cachés par peur ou honte, je pense au contraire qu’il est crucial d’en parler pour sortir du rôle de victime. J’ai tant cherché des témoignages similaires à mon expérience que je me dis que si je peux aider quelqu’un qui a vécu la même chose, j’aurais déjà fait beaucoup!

Voici quelques ressources qui m’ont beaucoup aidée ces derniers mois:

Tout d’abord, qu’est-ce qu’un parent toxique?
Il ne faut pas confondre parent toxique avec parent qui fait des erreurs, car chaque parent est humain et peut se tromper.

Voici une définition de R. Perronnet, psychothérapeute:

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Plus d’info ici.

Pourquoi et comment un parent toxique ne voit pas qu’il maltraite son enfant?

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Plus d’info ici et ici.

Comment savoir?
Moi qui ai énormément lu, parlé, analysé, j’ai parfois l’impression d’être une sorte d’experte quant à la reconnaissance de relations toxiques. Bien sûr, il n’en est rien: je ne suis « experte » que de mon propre cas!
Mais il se peut que lors d’une conversation récente avec moi, je vous ai dit un truc du genre « ah, ça c’est classique d’une relation toxique » ou « ta mère/ton père/ton chien est toxique » :-D parce que j’ai tendance à voir un peu tout sous l’angle de la toxicité… Je m’en excuse. Si ça se trouve, vous vivez tout à fait bien votre relation avec cette personne dont je qualifie le comportement d’inacceptable.
Comment savoir alors si l’on est victime d’un parent toxique? Susan Forward, thérapeute, a mis au point un test pratique:

Quand vous étiez enfant
* est-ce que vos parents disaient que vous étiez nul ou que vous ne valiez rien? 
* est-ce que vos parents utilisaient des châtiments corporels pour vous discipliner? 
* deviez-vous vous occuper de vos parents parce qu’ils avaient des problèmes?
* aviez-vous souvent peur de vos parents? 
* est-ce que vos parents vous demandaient de garder des secrets? 

Maintenant que vous êtes adulte
* est-ce que vos parents vous traitent encore comme un enfant? 
* avez-vous des réactions physiques et émotionnelles intenses après avoir été en contact avec vos parents?
* est-ce que vous parents essaient de vous contrôler en utilisant des menaces et en vous faisant vous sentir coupable? 
* est-ce que vos parents essaient de vous manipuler avec de l’argent? 
* est-ce que vous avez l’impression que, quoi que vous fassiez, ce n’est jamais assez bien aux yeux de vos parents?

Comment se sortir de cette situation?
La démarche est assez personnelle. Tout le monde n’a pas besoin de couper le contact; il y a des gens qui préfèrent confronter les intéressés et ouvrir ainsi un dialogue s’ils sont réceptifs.
Certaines personnes vont voir un professionnel, d’autres vont chercher des témoignages et lire beaucoup, que ce soit des livres d’aide ou des livres sur l’éducation. D’autres encore auront besoin de faire un mix de tout cela. Pour ma part, lire, écrire, discuter, savoir qu’il y a quelque part un professionnel qui me convient pour m’aider, ça marche.

Quelques articles que je trouve intéressants et qui apportent de la lumière sur les violences familiales :
Blessure
Manifeste contre la violence éducative
Il n’y a pas de bonne fessée
Enfant menteur, parent qui fait peur
Oser en parler

Comment parvenir à guérir de son enfance?
Respecter ses parents, une obligation?
Relation mère-fille

Le livre qui m’aide le plus est non pas un livre sur la guérison ou sur les parents toxiques; il s’agit de « Au coeur des émotions de l’enfant« , d’Isabelle Filliozat. Je dois parfois faire une pause tant il me ramène à ma propre enfance et fait remonter des choses peu agréables: je viens de le reprendre en main alors que je l’avais mis de côté une dizaine de jours, c’était trop difficile.
Je conseille ce livre même si vous n’avez pas eu de parents toxiques et si vous pensez être majoritairement bienveillant avec vos enfants: c’est tout simplement une mine d’or.

Et surtout, je dirais qu’il ne faut pas baisser les bras.
Je me revois il y a exactement dix ans, pleurant dans le cabinet de mon médecin de famille, tentant de mettre des mots sur certaines choses. Je crois que mes larmes l’ont mise très mal à l’aise. Face à son mépris, je ne suis pas allée plus loin, je me suis tue.  Je n’avais presque rien dit qu’elle était déjà condescendante. Elle n’avait pas l’envie de m’écouter. Elle m’a quasiment jeté une ordonnance pour un psy à la figure. Je m’en souviens, elle y avait écrit « problèmes relationnels avec sa mère ». Ce n’était que la pointe de l’iceberg!

J’ai changé de médecin, je ne pouvais plus lui faire confiance. J’ai gardé l’ordonnance comme marque-page, pour ne pas oublier, mais je n’ai jamais pris rendez-vous. Si mon médecin de famille ne m’écoutait pas, comment pouvais-je démarrer une relation avec un psy que je ne connaissais pas? J’avais tant peur du rejet.
J’ai mis 5 ans avant de voir un thérapeute. C’est long, mais on ne s’aperçoit pas du temps qui passe quand on vit dans le déni. N’abandonnez pas, il y a quelqu’un, quelque part, qui vous écoute.

 

Comprendre, pardonner, avancer

Trois verbes qui résonnent en moi.
Je les ai mis plus ou moins dans l’ordre: comprendre, d’abord. Tout comportement humain peut être expliqué, ce qui ne signifie pas qu’il est excusable.
Pardonner et avancer sont interchangeables; certains doivent pardonner pour avancer, d’autres doivent avancer pour pardonner. D’autres encore feront un peu des deux en même temps, je crois que c’est mon cas. Chaque jour, j’avance, et je me rapproche un peu de ce pardon que je cherche à atteindre. Mais chaque jour, je me demande aussi si ces violences sont pardonnables. Peut-être pas toutes? C’est en avançant que je vais le découvrir.

Ce pardon, j’ai parfois l’impression que je me le suis mis en objectif. J’essaie de sortir de ce schéma. C’est le chemin qui est important, ce que j’y apprends sur moi-même, ce que je construis, ce que je me donne et ce que je donne aux autres. C’est facile de se laisser alpaguer par la promesse d’un pardon qui déboucherait sur une relation neutre avec mes parents. Au fond, l’objectif de ce pardon est mon bien-être et non pas la quête de leur amour.

Je ne compte plus les gens qui m’ont dit « mais siiii, tes parents t’ont aimée et t’aiment encore ». Je ne sais pas si c’est dans le but de me rassurer. Si c’est le cas, c’est encore pire parce que ça signifie que l’amour permet la douleur et la souffrance. Peut-être même que ça les justifie. Combien de fois avons-nous entendu « c’est pour son bien » d’un parent qui contrôle, qui baffe, qui met une fessée, qui rabaisse son enfant « pour qu’il comprenne ».
Croire en cet amour, ce n’est pas ce dont j’ai besoin pour avancer, au contraire. J’ai besoin d’accepter que mes parents ne m’ont pas aimée (à la rigueur, pour les utra-positifs ou les gens qui pensent qu’on aime forcément ses enfants juste parce qu’ils sont génétiquement proches de nous-mêmes, qu’ils m’ont mal aimée) et j’ai besoin de voir que grâce au chemin que je fais, à la compréhension que j’acquiers et au pardon auquel je parviens, je peux me construire sans cet amour. Grâce à… l’amour et le respect de moi-même.

Le pardon que je cherche à atteindre est uniquement pour moi.
C’est mon amie F. qui m’en a beaucoup parlé et qui m’a permis de comprendre le vrai sens de ce pardon. Je la citerai donc ici : pardonner signifie ne plus tenir rigueur. Une personne qui pardonne, c’est une personne qui ne cherche plus à se venger, c’est une personne qui est libre de son passé. Pardonner ne signifie pas tomber dans les bras de celui qui nous a fait du mal, mais signifie qu’on peut vivre avec l’idée de ce qu’il nous a fait sans vouloir le lui faire payer. Si je parviens au pardon, c’est que je suis capable de dire « je te pardonne maman, je te pardonne papa, de ne pas avoir pu remplir tes devoirs de parents, de ne pas avoir su respecter mes droits en tant qu’enfant, et je te rends ta liberté ».

Le pardon qui débouche sur une réouverture de la relation n’est possible que si les agresseurs acceptent de se repentir.
Mon amie F m’a donné un bon exemple, certes « simpliste » mais très parlant:
X a été frappée pendant dix ans à coups de bâton par Y.
X se rend compte que cette situation n’est pas normale. X écrit donc à Y pour lui en parler (plus facile que de le lui dire en face, afin de ne pas risquer de nouveaux coups de bâton). 
X lui dit, « Ces dix années à recevoir des coups de bâton, ce n’est pas normal, ce n’est pas mérité, ça ne peut plus durer. De mon côté, je suis prête à te pardonner dès que tu auras compris que c’est mal et que tu ne recommenceras plus jamais ». 
Y lit la lettre et répond « Je ne vois pas de quoi tu parles. Les coups de bâton, c’est normal, ça doit se passer comme ça. Après tout, moi aussi j’en ai reçu pendant des années de Z, je n’en suis pas morte. »  (—> nous avons ici un élément qui permet l’explication, la compréhension)
Si X retourne voir Y ainsi, elle va donc se reprendre des coups de bâtons. Il faut que Y ait l’intention de changer pour que ce pardon puisse déboucher sur quelque chose. 

Je cherche encore à comprendre les raisons de ce mal.
C’est plus complexe car si ma mère parlait de son enfance et de celle de mon père, sans entrer dans les détails, elle n’a jamais vraiment émis une opinion sur le « bien » et le « mal » des faits. Elle me disait, par exemple, que le frère ainé de mon père bégaie car mon grand-père le frappait beaucoup. Elle me disait aussi que petite, sa mère les frappait en disant que l’ordre venait de leur père, et ce avec une ceinture. Le reste est donc laissé à mon interprétation, y compris ce que j’ai vu de ma mère en grandissant.

Être frappé avec une ceinture: non seulement il y a la violence elle-même, mais toute la montée en puissance, la préparation de l’acte. Le parent n’arrive pas sur son enfant par surprise en utilisant la ceinture comme le lasso de zorro. Le parent prévient l’enfant, le fait se mettre dans une position qui place la zone à frapper de façon proéminente (les fesses, je suppose) : non seulement l’enfant est violenté mais il est sujet à cette torture de savoir qu’il se soumet à l’exigence de son parent de se faire frapper, le stress de savoir qu’il va se faire frapper monte en lui. Je comprends donc que ma mère, qui a été torturée et violentée ainsi, a alors accumulé de la colère, de la rage envers ses propres parents. Elle n’a pas su se séparer de ces émotions autrement qu’en faisant payer cette horrible douleur à ses enfants. Bien sûr, ça ne l’excuse en rien: elle est adulte, elle est responsable de ses actes, elle a la capacité de réfléchir et de choisir de faire autrement. Quand bien même elle aurait « dérapé » une fois, fruit de son inconscient d’enfant frappée, quid de toutes les autres fois? Comment pouvait-elle nous dire ensuite que nous avions « de la chance » qu’elle ne nous frappe qu’avec la main et la cuillère en bois, et non pas la ceinture?

Il y a quelque chose dans l’enfance de ma mère qui lui a donné une peur affreuse d’être non-aimée et abandonnée. La façon dont elle traite ma grand-mère, par exemple, en est une indication: elle se plie en quatre pour lui plaire, mais se plaint aux autres qu’elle se fait manipuler par cette mère qui menace de se laisser mourir si on la laisse seule. Elle lui parle de façon très agressive, parce qu’il y a sans doute en elle ce sentiment de haine qu’elle s’est toujours refusé d’exprimer directement. Elle est tant en colère envers celle qui l’a visiblement mal aimée et dont elle continue de chercher l’amour.
Sa relation avec mon père en est aussi le témoin, ainsi que ses multiples accusations envers nous, « sa famille qui s’en fiche d’elle ».
Ma mère se réfugie fréquemment dans la nourriture. Elle mange de grosses quantités, vite, et a d’ailleurs toujours dit que quand elle va mal, elle mange (comme beaucoup d’autres). Elle cherche donc à remplir un vide, crée je pense par sa propre enfance.
Voilà des années que nous la regardions manger des pâtes en quatrième vitesse, de façon goulue, et se plaquer les mains au niveau du sternum en disant « j’arrive plus à respirer! ». Si mon père ou moi lui disions « peut-être que tu devrais essayer de manger moins vite », elle répliquait avec une colère démesurée que de toute façon, tout le monde s’en fiche d’elle dans cette famille et que si elle mourrait, ça ne nous ferait ni chaud ni froid. Il est intéressant de reveler que jamais un tel événement ne s’est produit à l’extérieur de la maison.
J’ai le souvenir d’un soir où nous visionnons un film en famille. Ma mère avait un seau de pop-corn sur les genoux et grignotait. Le pop-corn, par sa nature, peut facilement irriter la gorge. Ma mère, qui s’est retrouvé avec un bout l’irritant, a paniqué, persuadée qu’elle était en train de s’étouffer. Je comprends la peur de s’étouffer: je me suis un jour coincé un bonbon style Ricola au fond de la gorge et je suis allée le chercher moi-même avec mes doigts car l’air ne passait plus, je ne pouvais pas parler pour demander de l’aide.
Ma mère hurlait et toussait, mais c’est ce qui s’en est suivi qui laisse pantois: elle s’insurgeait contre mon père n’était pas venu immédiatement à son secours et l’accusait de ne pas se soucier de sa mort imminente. « Personne ne s’occupe de moi dans cette baraque, on peut mourir et tout le monde s’en fout ». Elle est alors partie en trombe pour cracher et se racler bruyamment la gorge dans la cuisine, au dessus de l’évier. Quand je suis allée voir s’il elle allait bien (par culpabilité?), je me suis faite incendier « fous moi la paix, si je meurs vous allez être seuls avec votre père, il sait rien faire, ça sera bien fait pour vous ». Ce jour-là, seul mon frère a obtenu grâce à ses yeux.

Mon père s’est presque pris une patate ce soir-là quand il est allé à son tour voir si elle allait bien, tandis qu’elle répétait en hurlant « on peut mourir dans cette baraque, personne ne s’en inquiète ». Je trouve que mon père avait la plupart du temps la bonne solution, du moins au début de « la crise »: il n’entrait pas dans son jeu, mais se laissait suffisamment culpabiliser, pour lui prouver qu’il l’aimait, ce qui remplaçait une excuse pour quelque faute qu’il n’avait pas commis. Non, elle ne voulait pas qu’il lui fasse un Heimlich pour un bout de pop-corn irritant, elle voulait qu’il lui dise qu’elle comptait pour lui.
Je crois que mes parents avaient d’immenses problèmes de couple, ils n’en parlaient pas. Ma mère lui faisait payer des choses dont elle l’estimait coupable, sans le lui énoncer, et mon père ne comprenait pas ce qu’il devait faire pour se racheter. Sa solution? La fuite. Le boulot, la fête avec les copains, la boisson.

Ce genre de menaces de nous laisser « seul avec notre père » était assez fréquentes: ma mère, énervée, disait souvent qu’elle allait « foutre le camp toute seule, je ne vous veux pas, vous n’avez qu’à rester avec votre père ».
Était-ce l’expression de l’abandon que ma mère a vécu? Ma grand-mère, renversée par une voiture, a été hospitalisée plusieurs mois alors que ma mère était toute petite. Elle, elle a réchappé de cet accident avec seulement un bras cassé. Elle a alors été « placée » chez son oncle et sa tante, qui la frappaient elle et son petit frère, jusqu’à ce que ma grand-mère revienne à la maison. Ma mère m’a raconté qu’ils se prenaient des coups pour tout, notamment une mauvaise position assise à table et des coudes qui touchent la nappe.  Elle nous disait d’ailleurs de nous « estimer heureux » mon frère et moi puisqu’elle nous autorisait à poser les bras sur la table.
Était-ce l’expression du mal-être d’avoir appris que ma grand-mère avait eu l’intention de les tuer? C’est une histoire choquante. Mon grand-père et deux de mes oncles se sont retrouvés dans un accident de voiture grave. Ils étaient hospitalisés longtemps, l’un était dans le coma. Ma grand-mère a dit qu’en cas de mort (mais je ne sais pas si elle voulait dire la mort de son mari ou la mort des trois), elle avait comme projet de mettre de la mort aux rats dans la nourriture, afin de tuer ma mère, le petit frère, et elle-même. Elle l’a tellement raconté que c’est impossible de ne pas s’en voir marquée. Ma mère a vécu toute sa vie en sachant qu’elle a échappé à un meurtre.

Si on remonte encore plus loin, c’est l’histoire de ma grand-mère maternelle qu’il faut explorer. Un passé lourd, secret, caché, déguisé. Une mère qui est morte sous les coups de fusil du père, dans de douteuses circonstances, alors que ma grand-mère n’avait que deux ans. Il tirait les pigeons, elle faisait ses besoins aux toilettes qui se trouvaient à l’extérieur, par « erreur » il lui a tiré dans le ventre.
Était-ce vraiment un accident? Comment a-t-il pu confondre le pigeon et les toilettes? Est-il allé en prison? Ma grand-mère affirme que non, qu’elle n’est pas morte sur le coup, qu’elle a juré à la police que ce n’était pas de sa faute… mais ma grand-mère n’a pas vu son père plusieurs années après cela. Où était-il, si ce n’est incarcéré?
Ma grand-mère venait d’avoir une soeur, trois mois auparavant. Est-il possible que sa mère se soit suicidée à cause d’une dépression post-partum? Que tout ça a été maquillé en accident, parce qu’ils étaient catholiques et qu’ils voulaient lui donner une sépulture?
Un secret de famille, qui a des conséquences sur trois générations.

Je sais que je n’aurais jamais toutes les réponses. Je sais que certaines choses sont enterrées avec mes ancêtres; on ne découvrira sans doute jamais la réelle cause de la mort de mon arrière grand-mère. Cela ne doit pas empêcher de casser le cercle vicieux des secrets de famille. Je ne tairai pas les violences qui m’ont été faites à Oscar. Je lui expliquerai, le moment venu, avec des mots adaptés à son âge, pourquoi la relation que j’ai avec mes parents est comme elle est.

J’essaie d’explorer une piste à la fois. Je sais peu de choses sur l’enfance de mon père, et nous étions très peu en contact avec sa famille. Ma mère exigeait que le côté maternel prime; j’ai peut-être déjeuné dix fois chez mes grand-parents paternels dans toute ma vie!
Pourquoi ma mère restait-elle tant accrochée à cette famille largement toxique? Pourquoi disait-elle qu’elle n’avait pas d’amies filles, qu’elle est « très famille »? Pourquoi surtout pense-t-elle que c’est incompatible?
Pourquoi est-elle visiblement heureuse quand mon frère dit que son plus grand souhait c’est « de vivre dans une maison avec les parents et mémé, tous ensemble » et qu’elle est encore plus satisfaite quand il m’insulte, me traite d’ingrate, d’égoïste, d’incapable d’aimer quand je signifie que non, pour moi, ce n’est pas du tout quelque chose d’envisageable?
Tellement de questions, peu de réponses, mais déjà sur le chemin.

 

Quand plus rien d’autre n’est possible

J’ai rompu avec mes parents le 18 décembre.
C’est cette date à laquelle j’ai vraiment décidé d’arrêter d’être une victime.
Une rupture, c’est un pas de géant. Surtout pour moi qui ai si longtemps été dans le déni. Comme beaucoup d’autres dans une situation identique, je me suis convaincue que j’avais simplement une mère sévère et un père passif, presque absent. Je me suis persuadée que j’avais mérité les coups, les humiliations, les rabaissements. Je me suis dit que mes parents ne voulaient que mon bien et que ce n’était pas grave d’avoir été traitée ainsi car je n’en étais pas morte. Je sais aujourd’hui qu’en réalité, j’ai été maltraitée.

Quand on impose quelque chose à un enfant, tel qu’un désir de perfection, de réussite absolue, de comportement de bon petit soldat, et d’autant plus quand on fait usage de violences, on monte un mur. Quand on cherche à dresser un enfant, on le manipule avec ces violences. Quand on manipule, on n’obtient pas le consentement: on obtient soit la soumission, soit la révolte. Quand on manipule, il n’y a pas d’amour.
Aimer signifie accepter de tout son coeur l’autre tel qu’il est, non pas le façonner pour qu’il soit tel qu’on le voudrait. Frapper ne peut jamais être synonyme d’amour.

Ces violences ont continué à l’âge adulte.
Pour mieux comprendre ce qu’il suit, il faut revenir sur un passé scolaire dans lequel mes décisions personnelles ont été très difficiles, voire impossibles.

Je n’ai pas pu suivre les études que je voulais. J’ai toujours aimé la littérature et je souhaitais plus que tout faire un bac L. Mes parents m’en ont empêchée, exigeant que j’aille en filière S, contre l’avis de mes professeurs. Après maintes batailles, ils ont décidé que j’irai en ES: c’était un compromis, selon eux. Je ne m’y suis pas du tout épanouie et après le bac, j’ai d’ailleurs profité de vivre enfin loin de chez eux pour prendre une année sabbatique cachée: j’étais censée aller en cours, mais en réalité je lisais et écrivais toute la journée, et je me promenais en ville. J’avais enfin l’occasion de contempler cette solitude, cette absence de pression. Des journées régies uniquement par moi-même.

L’année suivante, je suis entrée en IFSI. J’ai tout de suite vu que je ne voulais pas être infirmière, même si j’aimais les cours théoriques et que je m’y étais fait de bonnes amies. Il m’a fallu des mois pour dire à mes parents que je souhaitais changer de voie — non seulement je dépendais d’eux financièrement, mais j’avais surtout une peur bleue de leur réaction.
Tout choix personnel s’était toujours déroulé dans les cris et les pleurs car je ne me suis jamais sentie en sécurité vis-à-vis de mes désirs. Si j’émettais une opinion qui ne satisfaisait pas mes parents, ils répondaient par du chantage affectif, de l’humiliation et du rabaissement.

Un soir au téléphone, ma mère et mon père se sont mis en colère. Ils avaient appelé pour me convaincre de continuer dans cette voie. Une heure plus tard, ils débarquaient chez moi en pleine nuit! Ma mère ayant une clé, un droit qu’elle s’était donné puisqu’elle payait l’appartement, elle est entrée comme chez elle.

Au cours de cette discussion, ma mère s’est jetée sur moi en hurlant. Je ne lui donnais pas satisfaction, je ne lui apportais pas les réponses qu’elle attendait. Elle a commencé à me frapper, tant et si bien que je me suis réfugiée dans un coin de ma cuisine en essayant de mettre mes genoux devant moi et en me protégeant le visage comme je le pouvais. Elle n’a cessé de me frapper, tout en hurlant des insultes pour me signifier que j’étais une moins que rien. « Tu ne feras rien de ta vie, tu seras une merde, tu feras dame pipi! » Mon père est arrivé et l’a interrompue, l’arrachant, lui demandant d’arrêter, la sommant en utilisant son prénom. Le choc était tel que je ne me souviens plus de ce qu’il s’est passé après cette attaque. L’après, c’est le trou noir. Est-ce que j’ai pu dormir? Est-ce que je me suis mise devant la télé? Je n’en sais rien.
J’ai eu tellement honte de cette attaque que jusqu’à il y a très peu de temps, quelques semaines seulement, je n’en avais parlé à personne. Mais plus je raconte cette expérience, mieux je parviens à vivre avec. C’est là toute l’importance de ne pas taire cette blessure.

Je m’en suis tant voulu, des années durant: pourquoi ne m’étais-je pas défendue? Pourquoi n’ai-je pas coupé les ponts à ce moment-là?
Aujourd’hui, j’ai moins honte d’avoir ensuite cédé aux minimisations de mon père, à son chantage financier et affectif qui a suivi plusieurs semaines de silence. « Laisse ta mère faire ta lessive, ne fait pas le bébé » a-t-il asséné lorsque je voulais m’occuper moi-même de mes corvées. Une façon de m’infantiliser, pour mieux me garder sous son joug.
J’étais sans ressource: pas d’argent, pas de permis de conduire, pas de voiture, pas de petit boulot. J’avais 20 ans et aucun diplôme. J’étais morte de peur. Je suis alors revenue vers eux. Je me suis réfugiée dans le déni, pour survivre. J’ai tout fait pour oublier.

On tend à ressembler à son environnement. Si on associe cela au déni et aux mécanismes de survie, on risque bien de ne pas voir ce qui est comme le nez au milieu de la figure.
Après avoir vécu une année hors de France au sein d’une famille d’accueil qui ne fonctionne pas de façon pathologique, j’ai pris conscience de ce qu’il se passait dans la mienne. Ça m’est arrivé dessus comme une vague. Je me réveillais enfin! Au retour, j’avais la capacité de voir les choses d’un oeil extérieur. Je me suis demandé pourquoi, comment, je n’avais rien vu avant. Comment avais-je pu vivre ainsi pendant tant d’années, dans un tel non-respect de moi-même?

Je n’étais pas de retour en France depuis 12 heures que ma mère a tenté de me mettre une baffe. Comment osais-je demander à quelle heure nous partions pour la Suisse? Je ne devais penser qu’à y voir mon frère, moi l’égoïste, la méchante soeur qui avait émis la possibilité de nous baigner dans le lac si nous arrivions avant la tombée de la nuit. Elle l’a redit, en levant la main: « Tu es MÉCHANTE, tu n’es vraiment qu’une sale fille qui ne pense qu’à sa gueule! ».
J’avais 24 ans et enfin je m’opposais à elle.
« Tu vas me frapper? C’est fini, je ne te laisserai plus me faire tout ça ».
L’ai-je fait? Non. Je suis retombée dans le piège, même si j’avais pris conscience des faits. Je devais revenir en France, mon année aux Etats-Unis était terminée. Je me suis alors replongée dans le déni: si je devais vivre à nouveau avec cette femme, il fallait que je me persuade qu’elle ne m’avait pas fait tant de mal.

J’étais constamment blâmée pour ce moi nouveau que personne ne reconnaissait.
« Tu es si calme, qu’est-ce qu’il t’arrive? On ne t’a pas encore vue t’énerver depuis ton retour! ». Forte d’avoir passé un an au sein d’un environnement non-violent, je n’avais plus le besoin constant d’être sur la défensive. Pas besoin de se défendre quand on est pas attaquée… S’il m’est arrivé quelques fois d’affronter une résurgence de la violence qui m’avait été inculquée, mes proches s’en amusaient: « Ah bah la voilà, ma fille, telle qu’on la connait! ». J’entends encore mon père en rire, « de toute façon, tu seras comme ta mère, tu ne peux pas y échapper ». Si j’ai longtemps eu peur que ce soit vrai, je sais aujourd’hui que ce n’est qu’une autre technique de pervers narcissique et destructeur.

Je suis revenue définitivement aux Etats-Unis trois mois plus tard. J’ai d’abord poursuivi le mode de survie qui est le déni. Je ne voulais pas entacher mon nouveau bonheur avec ces trous béants des blessures du passé. D’ailleurs, je communiquais souvent avec mes parents, leur mettant sous le nez ma nouvelle existence paisible et heureuse. Une part de moi voulait leur dire « vous voyez, malgré tout ce que vous avez pu me faire endurer, je suis partie, et je vais bien ». Mais je n’allais bien qu’en apparence.
Mon mariage n’a pas duré, il était lui aussi empreint de violences. Mes parents ont tenté de me persuadée d’y rester: ils ont poussé le vice jusqu’à venir aux Etats-Unis « en vacances » alors que je leur avais dit que ce n’était pas le bon moment pour une visite: « On va t’aider à résoudre ces problèmes » ont-ils dit. J’étais en plein divorce! Je ne voulais pas d’eux chez moi, mais c’est moi qui ai dormi 3 semaines sur le canapé: un comble.

J’ai rejoins le Viking en Afrique quelques mois plus tard. C’est le désert du Sahara qui m’a sauvée. Là où les rares routes s’arrêtent net devant le sable qui s’étend à perte de vue, j’ai vu le monde qui se dépliait devant moi. Là, j’avais tout le loisir de réfléchir, de lire, d’écrire. J’ai su qu’un jour, je trouverais le courage de rompre avec mes parents.

Ce courage, c’est Oscar qui me l’a donné.
J’ai entamé un processus de rupture avant de tomber enceinte.
L’été précédent, je faisais face à des crises de panique et des cauchemars avant un voyage en France. C’est cette fameuse part enfouie qui ressort en se manifestant par des symptômes physiques. Je savais très bien ce que c’était: ça m’était arrivé par le passé. Au lieu de m’écouter, j’ai encore pratiqué le déni. Au retour, il m’a fallu quelques mois pour comprendre que je devais prendre en charge mes blessures d’enfance rapidement.

Je suis tombée enceinte très vite. Je voulais croire à cette image de la famille aimante, avec de chouettes grand-parents pour son enfant, des repas joyeux tous ensemble, des relations saines. Ce que je voyais chez les autres et qui me faisait envie, ce que j’avais imaginé pour moi. La famille qui n’existait que dans mon imaginaire me manquait. J’ai tenu un mois de rupture.

J’ai laissé ma mère me dire des horreurs pendant ma grossesse, incapable de faire le deuil de cette famille que je n’ai jamais eue. Il n’y a pas plus fidèle qu’un enfant qui rêve qu’enfin on l’aime pour ce qu’elle est. J’avais espoir que les choses changent, puisque leurs rôles allaient changer. J’y ai cru jusqu’au bout… sans pour autant réussir à  franchir le cap d’une visite de mes parents. J’étais et je suis encore amère de leur visite forcée de 2013.
Et pendant ce temps, ma mère s’offusquait que je choisisse d’allaiter, car ainsi je la privais de nourrir mon fils. Elle m’accusait de ne pas donner le biberon « exprès » parce qu’elle l’avait fait. Elle lançait des phrases très péremptoires: « je te préviens, tu ne viens jamais avec tes couches lavables, pas de caca dans ma machine! » Elle me questionnait pour mieux critiquer mes choix.

Elle souhaitait venir avant l’accouchement et rester plusieurs mois. Pour m’aider, disait-elle. « De quoi as-tu peur? Je ne vais pas te prendre ton bébé, je veux juste te faire la cuisine. » Peut-être était-elle sincère, mais comment pouvais-je lui faire confiance après 29 ans de manipulations? Si on détruit la confiance en 3 minutes, il faut des années pour la reconstruire. J’ai tenu bon et refusé toute visite. Quand nous en reparlions, je repoussais. Je sentais au fond de moi qu’il ne m’était pas possible de l’accueillir.

Les crises d’angoisses et les cauchemars ont repris progressivement avec la baisse des hormones. Je n’étais plus protégée par la biologie, il ne me restait que la vérité de mon passé. Il m’était impossible d’accepter que cette femme qui m’avait fait tant de mal puisse être auprès de mon enfant. Qu’elle le porte, l’embrasse, reste avec lui pendant que j’irai au travail. Elle allait l’abîmer avec ses mots si durs, avec ses gestes. Et si elle le frappait pendant mon absence?

Les questions de l’entourage sont toujours difficiles.
« Tes parents viennent pour Noël? », « Comment ça se fait qu’ils n’ont pas encore vu Oscar? », « Ah vous avez annulé votre voyage en France, oh ta mère doit être si triste! », « Mais quand viennent-ils alors? ».
À force de répondre vaguement « je ne sais pas » et de changer de sujet, le Viking m’a demandé un soir si j’avais choisi une date avec eux. Je me suis effondrée et je lui ai tout déballé. Je lui ai avoué que je ne pouvais plus vivre bien avec la présence de mes parents dans ma vie, si géographiquement lointaine soit-elle.

Il m’a soutenue sur toute la ligne.
Grâce à son aide, sa confiance, sa capacité à m’écouter, et son amour inconditionnel, j’ai pu franchir le cap de la rupture. J’ai écrit une longue lettre à mes parents, qu’il est allé poster avec moi. J’ai sevré tout lien virtuel qui nous unissais. Et j’ai commencé à pouvoir enfin respirer.

Et maintenant? Comment se construire en tant qu’adulte, personne à part entière, femme, mère, épouse, amie, lorsqu’on a été victime de violences familiales?
Je parlerai de la lettre, de ses suites ainsi que des suites de la rupture dans un article à venir.

Vous pouvez retrouver le 1er post, « Méchante », où je décris mon enfance, ici.