J’ai regardé « 13 reasons why »

J’ai trouvé que c’était très bien fait, que les acteurs étaient excellents, et je me suis facilement attachée aux personnages (je ne sais pas comment ça se compare avec le livre, je ne l’ai pas lu et je n’ai pas envie de le lire).

Comment savoir qu’une série controversée est bien faite?
Vous êtes constamment énervé et/ou perplexe.

Beaucoup de choses m’ont exaspérée dans la façon dont Hannah, le personnage principal au destin funeste, vit sa vie et fait ce qu’elle fait: tout est montré de son point de vue d’ado et si j’étais tant choquée, c’est le signe que la série est bien ficelée et fonctionne! Si vous êtes entourés d’ados, c’est encore plus frappant: chacune de ses décisions est prise avec un cerveau bien reptilien comme il faut. Hannah n’est pas une adulte et ne réfléchit pas comme tel. Son système de pensée est irrationnel, ses actions sont complètement liées à ses émotions. C’est une hypersensible — il y a notamment une scène dans le couloir bondé de son lycée où quelqu’un la heurte à l’épaule sans le vouloir; elle prend ce geste maladroit comme une attaque personnelle de grande force, alors que ce n’était pas dirigé contre elle.

Ce qui exaspère encore plus que les choix qu’Hannah fait, c’est la façon dont les causes de son suicide sont présentées; mais encore une fois, il faut bien garder en tête que toute la série est présentée de son point de vue à elle et non pas d’un point de vue omniscient et externe. C’est justement cela que je souhaite aborder: quand quelqu’un se suicide, ce n’est jamais la faute de ceux qui restent. 

Certes, la série présente — outre la scène très difficile du suicide — des thèmes comme la violence physique, la dépression, le rejet, l’alcoolisme, le harcèlement scolaire (notamment augmenté par les réseaux sociaux) et le viol. Mais ce qui est plus dur, selon moi, c’est de regarder les 13 épisodes en sachant que le personnage principal proclame les gens autour d’elle comme responsables de sa mort.

On peut facilement imaginer qu’un public plus jeune et/ou plus fragile, pourrait croire que cette façon de penser est typique ou normale, et que c’est une vérité absolue. Non seulement c’est présenté ainsi par le personnage principal, mais c’est relayé à travers le fait que les autres lycéens ont terriblement peur d’être des accusés.

Certains adolescents ne verront pas nécessairement qu’il s’agit uniquement du point de vue du personnage principal, c’est pourquoi il est important, je pense, de les accompagner s’ils souhaitent visionner la série ou lire le roman. On peut par exemple ouvrir la discussion en demandant si certains mots, certaines actions, auraient pu permettre à Hannah de prendre des décisions différentes. Y a-t-il réellement quelque chose qui aurait pu aider Hannah à survivre?

Sans pour autant donner des réponses toutes faites, je crois qu’il est nécessaire d’amener ce public plus jeune et/ou plus fragile à découvrir par lui-même que :

  • la série ne fait pas du tout l’apologie du suicide
  • le suicide n’est ni romantique ni héroïque et n’est pas typique de quelqu’un qui souffre de harcèlement ou qui se trouve en situation de détresse psychologique
  • parler ouvertement de détresse personnelle et de suicide n’engendre pas le suicide (autrement dit, ce n’est pas contagieux!), ce n’est pas une idée qu’on plante en quelqu’un et qui germera ensuite
  • quand bien même tout le monde ne sait pas quoi dire à quelqu’un qui démontre une détresse telle que celle d’Hannah et des pensées suicidaires, il y a des professionnels très qualifiés qui peuvent réellement aider
  • la nullité du conseiller du lycée d’Hannah n’est qu’une dramatisation hollywoodienne; dans la réalité (du moins aux US), cette profession est formée à la psychologie et aux situations de crise, de la même façon qu’un professionnel en cabinet ou hôpital
  • faire un selfie devant le casier décordé d’une personne qui s’est suicidée est inapproprié — d’ailleurs, dresser un monument commémoratif pour une personne qui s’est donné la mort n’est pas du tout une pratique recommandée, ça ne serait pas autorisé dans une école
  • les cassettes d’Hannah accusent certaines personnes d’être responsables de sa mort — le suicide de quelqu’un n’est JAMAIS la faute de ceux qui restent 
  • il existe des groupes de soutiens et de l’aide pour ceux qui ont perdu quelqu’un à cause d’un suicide

Enfin, si vous êtes sensible aux scènes télévisuelles difficiles, ou si vous êtes parents, sachez que les épisodes comportant des moments critiques, tels que des scènes de viols, de violence physique, ou avec beaucoup de sang, sont précédés d’une alerte écrite sur l’écran. Je ne suis pas spécialement sensible au sang et au gore à la télé, mais le dernier épisode reste très difficile à voir. Il s’agit d’une scène continue donc vous pouvez, si vous en ressentez le besoin, faire « avance rapide ». Etant mère, la scène la plus perturbante pour moi a été celle où les parents d’Hannah la trouvent morte. Après réflexion, j’aurais souhaité ne pas voir ce moment de la série.

*****

Il y a trois ans, le frère ainé d’une de mes élèves s’est suicidé. La communauté s’est affolée, notamment car il s’agit d’un district où les élèves sont soumis à une pression académique énorme et où il faut toujours en faire plus. Si vous êtes entourés d’ados, si vous vivez vous aussi dans une communauté avec un fort potentiel académique (université de l’Ivy League, par exemple), voici quelques pistes qui doivent vous alerter:

  • un adolescent qui a l’air triste et incapable de faire quoi que ce soit, tous les jours pendant au moins quinze jours de suite
  • un adolescent qui boit de l’alcool de façon excessive (plus de 5 verres de suite)
  • un adolescent qui souffre d’un grand stress, d’une pression académique de malade
  • un adolescent qui cumule les activités extra-scolaires par pression ou peur du futur (universités toujours plus sélectives, etc.)

Violences familiales: quelques ressources

Tout d’abord, je tiens à remercier tous ceux qui sont passés par ici, qui m’ont lue, qui m’ont laissé des commentaires bienveillants, des petits mots, et aussi tous ceux avec qui j’en ai discuté en dehors. Parler (et écrire) m’aide énormément! Le fait de savoir que cette phase de ma vie, cette souffrance, sont reconnues, ça me permet d’aller de l’avant. Le fait de savoir aussi qu’on peut sortir de cet engrenage, qu’on est pas coincé dans cette boîte et destiné à reproduire son propre passé, ça me fait un bien fou! Et ça, c’est grâce à vous <3

Vous pouvez retrouver mes précédents articles sur les violences familiales ici:
Méchante
Quand plus rien d’autre n’est possible
Ping-pong émotionnel
Comprendre, pardonner, avancer

Certains sont protégés par un mot de passe (le même pour tous; le temps que les choses se calment du côté de ma famille, je préfère éviter d’être à nouveau insultée et accusée d’insanité) mais je pense pouvoir bientôt les réouvrir au public. Je ne les ai pas cachés par peur ou honte, je pense au contraire qu’il est crucial d’en parler pour sortir du rôle de victime. J’ai tant cherché des témoignages similaires à mon expérience que je me dis que si je peux aider quelqu’un qui a vécu la même chose, j’aurais déjà fait beaucoup!

Voici quelques ressources qui m’ont beaucoup aidée ces derniers mois:

Tout d’abord, qu’est-ce qu’un parent toxique?
Il ne faut pas confondre parent toxique avec parent qui fait des erreurs, car chaque parent est humain et peut se tromper.

Voici une définition de R. Perronnet, psychothérapeute:

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Plus d’info ici.

Pourquoi et comment un parent toxique ne voit pas qu’il maltraite son enfant?

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Plus d’info ici et ici.

Comment savoir?
Moi qui ai énormément lu, parlé, analysé, j’ai parfois l’impression d’être une sorte d’experte quant à la reconnaissance de relations toxiques. Bien sûr, il n’en est rien: je ne suis « experte » que de mon propre cas!
Mais il se peut que lors d’une conversation récente avec moi, je vous ai dit un truc du genre « ah, ça c’est classique d’une relation toxique » ou « ta mère/ton père/ton chien est toxique » :-D parce que j’ai tendance à voir un peu tout sous l’angle de la toxicité… Je m’en excuse. Si ça se trouve, vous vivez tout à fait bien votre relation avec cette personne dont je qualifie le comportement d’inacceptable.
Comment savoir alors si l’on est victime d’un parent toxique? Susan Forward, thérapeute, a mis au point un test pratique:

Quand vous étiez enfant
* est-ce que vos parents disaient que vous étiez nul ou que vous ne valiez rien? 
* est-ce que vos parents utilisaient des châtiments corporels pour vous discipliner? 
* deviez-vous vous occuper de vos parents parce qu’ils avaient des problèmes?
* aviez-vous souvent peur de vos parents? 
* est-ce que vos parents vous demandaient de garder des secrets? 

Maintenant que vous êtes adulte
* est-ce que vos parents vous traitent encore comme un enfant? 
* avez-vous des réactions physiques et émotionnelles intenses après avoir été en contact avec vos parents?
* est-ce que vous parents essaient de vous contrôler en utilisant des menaces et en vous faisant vous sentir coupable? 
* est-ce que vos parents essaient de vous manipuler avec de l’argent? 
* est-ce que vous avez l’impression que, quoi que vous fassiez, ce n’est jamais assez bien aux yeux de vos parents?

Comment se sortir de cette situation?
La démarche est assez personnelle. Tout le monde n’a pas besoin de couper le contact; il y a des gens qui préfèrent confronter les intéressés et ouvrir ainsi un dialogue s’ils sont réceptifs.
Certaines personnes vont voir un professionnel, d’autres vont chercher des témoignages et lire beaucoup, que ce soit des livres d’aide ou des livres sur l’éducation. D’autres encore auront besoin de faire un mix de tout cela. Pour ma part, lire, écrire, discuter, savoir qu’il y a quelque part un professionnel qui me convient pour m’aider, ça marche.

Quelques articles que je trouve intéressants et qui apportent de la lumière sur les violences familiales :
Blessure
Manifeste contre la violence éducative
Il n’y a pas de bonne fessée
Enfant menteur, parent qui fait peur
Oser en parler

Comment parvenir à guérir de son enfance?
Respecter ses parents, une obligation?
Relation mère-fille

Le livre qui m’aide le plus est non pas un livre sur la guérison ou sur les parents toxiques; il s’agit de « Au coeur des émotions de l’enfant« , d’Isabelle Filliozat. Je dois parfois faire une pause tant il me ramène à ma propre enfance et fait remonter des choses peu agréables: je viens de le reprendre en main alors que je l’avais mis de côté une dizaine de jours, c’était trop difficile.
Je conseille ce livre même si vous n’avez pas eu de parents toxiques et si vous pensez être majoritairement bienveillant avec vos enfants: c’est tout simplement une mine d’or.

Et surtout, je dirais qu’il ne faut pas baisser les bras.
Je me revois il y a exactement dix ans, pleurant dans le cabinet de mon médecin de famille, tentant de mettre des mots sur certaines choses. Je crois que mes larmes l’ont mise très mal à l’aise. Face à son mépris, je ne suis pas allée plus loin, je me suis tue.  Je n’avais presque rien dit qu’elle était déjà condescendante. Elle n’avait pas l’envie de m’écouter. Elle m’a quasiment jeté une ordonnance pour un psy à la figure. Je m’en souviens, elle y avait écrit « problèmes relationnels avec sa mère ». Ce n’était que la pointe de l’iceberg!

J’ai changé de médecin, je ne pouvais plus lui faire confiance. J’ai gardé l’ordonnance comme marque-page, pour ne pas oublier, mais je n’ai jamais pris rendez-vous. Si mon médecin de famille ne m’écoutait pas, comment pouvais-je démarrer une relation avec un psy que je ne connaissais pas? J’avais tant peur du rejet.
J’ai mis 5 ans avant de voir un thérapeute. C’est long, mais on ne s’aperçoit pas du temps qui passe quand on vit dans le déni. N’abandonnez pas, il y a quelqu’un, quelque part, qui vous écoute.