Consolation

Ce n’est pas un jour franchement folichon.
C’est l’anniversaire de l’élection de vous-savez-qui… et le contexte politique de ce pays est peu reluisant.

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et encore, je pense qu’il s’agit d’une insulte envers cette peluche!

L’an dernier, le lendemain de l’élection, c’est la boule au ventre que je me suis levée pour n’avoir que confirmation de ce que je redoutais tant. Le Viking est parti au travail en me laissant en larmes — il n’y avait franchement rien à faire pour me consoler et ses élèves avaient beaucoup plus besoin de lui face à cette nouvelle que moi. J’ai écrit ce truc, qui est toujours d’actualité, puis j’ai continué de croiser les doigts en espérant du mieux. Le mieux n’est pas arrivé, d’ailleurs on ne voit toujours pas la lumière au bout du tunnel et les dégâts sont tels qu’ils vont avoir un impact long et durable sur les citoyens de ce pays.

Concrètement, à part contribuer au niveau associatif et organisationnel, je ne peux pas faire grand-chose: je ne suis pas citoyenne, je ne vote pas. Les élections des gouverneurs se déroulent en ce moment-même et il faut espérer que les Démocrates reviennent en force sur le devant de la scène, comme c’est déjà le cas depuis hier en Virginie et dans le New Jersey.

Alors je me console en me disant que rien ne nous retient ici de force, qu’il nous suffirait d’une opportunité professionnelle, tant pour le Viking que pour moi, pour aller voir ailleurs. Au moins le temps que les choses s’apaisent. Ce n’est pas mon pays, ça ne l’a jamais été, et il ne représente en rien les valeurs que le Viking et moi cherchons à inculquer au citron.

Et je me fais un latte d’automne, parce que tout ce qu’il me reste, c’est la beauté du Vermont en cette période de l’année, et qu’elle n’est jamais mieux accompagnée que par une délicieuse boisson caféinée.

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Il vous faudra alors:
— du lait ou du jus végétal (environ 3/4 de votre tasse préférée)
— un peu de sucre ou d’agent sucrant, selon votre goût (j’ai mis une demi cuiller)
— de la cannelle en poudre
— de la cardamome en poudre
— de la noix de muscade en poudre
— des clous de girofle en poudre

Je fais couler une tasse de « Café Forte » dans notre bar à café Ninja (c’est l’équivalent d’un expresso allongé). Je chauffe juste la quantité de lait nécessaire, puis sur le feu j’ajoute mon petit peu de sucre et mes épices (quantités au pif) et je fouette le tout.

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Une fois le lait épicé prêt, j’y verse mon café (ma machine me donne le double de ce dont j’ai besoin, je n’ai pas tout utilisé). Bien sûr, ça ferait beaucoup plus joli avec de la mousse de lait au dessus mais j’avais la flemme j’étais impatiente de le déguster!

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Silence

Mon pays est en guerre, et je n’ai plus de mots.
Je suis dépossédée, vidée, illégitime, inutile, inutilisable.
Condamnée à ce monde de terreur, d’horreur, d’inhumanité.
Screen Shot 2015-11-14 at 5.17.34 PMJ’ai peur, pour les miens et pour tous les autres.
J’ai mal de savoir tous ces corps, ces morts, allongés dans la plus belle ville du monde.
Jamais je n’aurais cru, jamais, que ma nation se trouverait au centre de telle tuerie. France, la belle? Nous sommes bien trop stables, là, tout petits au milieu du globe! Qui voudrait nous annihiler?
J’hésite. Entre regretter d’être si loin et me rassurer d’être en vie. De n’avoir perdu personne cette nuit.
Et je m’interroge. Quelle est ma place, le sens de cette vie? J’enseigne, j’éduque, pour que ça n’arrive plus. Mais ça ne suffit pas.
Hurler, mais rien ne sort. Aucun son n’est assez puissant pour être l’hôte de ce que je ressens.
Seul ce silence, froid, glacial, noir, profond, aveugle, impénétrable, est acceptable.
Mon pays est en guerre, et je n’ai que le silence pour lui répondre.

Identité? Française.

À force d’absence, un jour, je n’aurai plus aucune racine. Etre expatriée, c’est être loin de son pays et des siens, pour les événements heureux comme pour les tragédies. C’est, avec le temps, ne plus faire partie des grands tournants que son pays a pris. C’est assister, impuissante et silencieuse, aux chemins empruntés. C’est être amputée d’une réponse au besoin de faire son deuil parmi les siens. Se retrouver seule à des kilomètres à la ronde à détenir un certain passeport et les valeurs qui vont avec. Etre la seule à faire face aux collègues, avec leurs regards pleins de pitié et de gentillesse, avec leurs questions bienveillantes, mais qui, au fond, ne comprennent pas vraiment. C’est une affliction identitaire, revenir un jour et se sentir étrangère sur son propre sol, c’est ne plus savoir d’où l’on vient. N’être qu’une vulgaire spectatrice de sa démocratie. À quel drapeau appartiens-je, où est ma place? Plus rien n’a de sens et ma valise me démange.

j'ai pris cette photo en 2011, au Newseum de Washington DC
j’ai pris cette photo en 2011, au Newseum de Washington DC