Cinq livres: édition sentiments et émotions

Le Viking et moi avons un cheval de bataille: le respect absolu des émotions et des sentiments du citron. À la maison, c’est facile; ou en tout cas c’est de plus en plus facile avec la pratique. Quand le citron nous fait par de son ressenti, par un comportement ou un autre, nous nous contentons de nommer l’émotion/le sentiment et de l’accompagner dans l’épreuve que ça peut représenter pour lui en lui proposant un câlin. Parfois, il veut bien du câlin de suite, parfois il a envie de rester un peu seul puis il vient quelques minutes plus tard. L’important pour moi, c’est d’être disponible immédiatement après une émotion difficile.
En ce moment, le citron éprouve beaucoup de frustration face à des choses qu’il n’arrive pas à faire seul (faire tenir un couvercle sur un pot, par exemple) ou qu’on ne le laisse pas faire (j’ai nommé, ouvrir la porte du frigo pour sortir les carottes une à une, héhé). Cette frustration se manifeste par des pleurs voire des hurlements, et un petit citron qui se jette au sol comme un acteur de série B ;-) Ça ne dure jamais longtemps car la technique du duo formulation + câlin fonctionne très bien chez nous.

Les choses se compliquent quand on est à l’extérieur, car tout le monde n’est pas à même de recevoir ainsi les émotions d’un enfant sans vouloir les supprimer. Si on y a jamais pensé, il est facile de tomber dans le fameux « mais non, ça ne fait pas peur / mais non, tu n’as pas eu mal / tu ne peux pas tout avoir » parce qu’on pense ainsi aider l’enfant à ne pas vivre quelque chose de négatif.

C’est parfois aussi difficile de faire face à des rechigneries et autres geignements, surtout quand on est soi-même fatigué. Personnellement, il m’est arrivé deux ou trois fois d’être à bout et de dire au citron « j’en ai assez de tes pleurnicheries »… je n’en suis pas fière du tout. Maintenant j’ai compris que ma frustration, je dois la nommer à quelqu’un d’autre (et hors champ d’écoute du citron). Je le dis au Viking, qui peut ainsi prendre le relais, ou à un ami en ligne si je suis seule à la maison — ça n’a pas forcément besoin d’être immédiat mais si je sais déjà que, dans quelques minutes, je vais pouvoir exprimer la chose à quelqu’un, ça m’aide. 

Je me suis « pris le chou » avec une infirmière de pédiatrie il y a quelques mois alors qu’elle répétait au citron appeuré « non, tu n’as pas peur » tandis que je corrigerais à l’aide de « quand on voit quelqu’un qu’on ne connait pas, on peut éprouver de la peur ». En soi, je m’en fiche de me prendre le chou avec une infirmière. Le plus précieux, pour moi, c’est mon fils, pas ma relation avec cette femme; de plus elle ne fait pas partie de notre paysage quotidien. Quand il s’agit de personnes que nous sommes amenés à côtoyer plus fréquemment, je préfère la délicatesse, et rien de tel que des livres à « laisser trainer » pour amener le sujet ou éclairer à l’aide d’exemples la phrase que le Viking et moi répétons très souvent: « si tous les actes ne sont pas acceptables, toutes les émotions, en revanche, le sont ».

Sans transition, voici 5 livres qui abordent différentes émotions et sentiments.

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Happy Hippo, Angry Duck, Sandra Boynton – 13 pages

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Un bon basique qui commence avec une question sur l’humeur du jour du lecteur, et qui énumère celles d’animaux présentés dans le livre. L’enfant peut apprendre le nom des émotions et commencer à les reconnaitre grâces aux expressions incarnées par les personnages. Le livre termine sur une petite phrase qui dédramatise le fait de ne pas toujours se sentir au top.

 

 
en anglais
(on trouve l’auteur en espagnol, mais pas en français)


Little Cub, Olivier Dunrea – 28 pages 

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Un petit ours qui se sent bien seul et qui a peur de la nuit rencontre un vieil ours un peu ronchon, souffrant lui aussi de la solitude. Les deux se lient d’amitié et l’ours plus âgé promet protection au petit lorsque ce dernier exprime ses peurs. Il promet aussi de lui enseigner comment pécher! Il y a beaucoup de vocabulaire sur l’état dans lequel on peut se sentir lorsqu’on a peur.
Les illustrations sont sublimes.

 
en anglais
(certains titres de l’auteur sont dispo en français, mais évidemment pas celui-ci!)


Dans l’herbe, Yukiko Kato – 23 pages 

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Yû-chan se promène au bord d’une rivière avec sa famille quand sa curiosité envers un papillon la mène dans de hautes herbes, bien plus hautes qu’elle. Soudain, les éléments autour d’elle lui semblent dangereux; elle a peur, elle imagine le pire. Ouf, sa maman la retrouve! Aucun jugement n’est fait sur le fait qu’elle se soit aventurée loin et qu’elle se soit perdue. Les illustrations de Komako Sakaï sont à tomber.

 

 
en anglais
en français


Mon amour, Astrid Desbordes – 38 pages 

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Est-ce qu’on présente encore ce livre?!
Archibald demande à sa maman si elle l’aimera toute la vie. Elle répond que son amour pour lui est inconditionnel. Les exemples qu’utilise la maman sont présentés sur des double-pages qui opposent une situation et son contraire. La fin est particulièrement belle; la maman lui dit qu’il est son fils mais qu’il ne lui appartient pas. Si vous arrivez à lire ce livre sans pleurer à chaque fois, vous êtes très fort!

 

 
en anglais
en français


How to be a Viking, Cressida Cowell – 29 pages

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Hiccup n’est pas rustre comme les autres Vikings. Il est poli, il a peur des araignées et des gros bruits, et surtout, il n’a pas du tout envie de prendre la mer. Les Vikings n’ont pas peur et n’ont jamais le mal de mer, lui dit-on! Mais il n’y croit pas, donc il décide d’enquêter. Il part en bateau avec son père. C’est alors qu’il découvre, lors d’une tempête, que tous les Vikings peuvent bien évidemment avoir peur et avoir le visage tout vert!

 

en anglais
(cet album n’a jamais été traduit en français, c’est bien dommage)

Ce monde que je veux te donner

Treize décembre 2015. Là, dans la salle de bain, fébrile, je fais ce test. Égoïstement. Ton père attend dans le salon, il fait les cent pas. En quelques secondes, je sais, et je crie. Tu es déjà là, lové tout au fond de moi.

Je t’écris pour m’excuser, mon amour.
Je t’ai gardé au chaud, patiemment attendu, choyé, aimé, sans penser à l’après. Je t’ai emmené partout avec moi, protégé, cocooné, sans penser au reste du monde. Je n’ai pas voulu voir l’horreur dans laquelle tu allais arriver, toi qui n’avais rien demandé.

Je te présente mes excuses, mon amour, parce que je n’ai pas été capable de préparer un monde meilleur pour t’accueillir.
J’ai fait ce que j’ai pu, crois-moi. J’ai parlé, j’ai lu, j’ai argumenté. J’ai porté les tee-shirts, j’ai mis les autocollants sur ma voiture, je suis allée aux rallies. J’ai fait des dons, moi qui ne vote même pas.
J’ai cru. J’ai cru fort même, que nos acquis ne pouvaient pas basculer. Et puis j’ai eu peur. Je t’ai habillé tout en bleu, du pyjama à la couche. Un voeu pieu, une promesse dans le vent. Un jour je t’expliquerai le sens de l’expression « faire pipi dans un violon ».

Je veux m’excuser, mon amour, pour ce pays et ses idées.
Longtemps j’ai dit que ce n’était pas le mien. Mais c’est le tien, il fait ainsi partie de moi. Si tu savais comme je me sens responsable. Je regarde en arrière, je me dis que j’aurais pu faire plus. Que j’aurais dû. Il ne ressemble pas au monde que je veux te donner.

Dans ce monde-là, les humains sont de toutes les couleurs.
Dans ce monde que je veux te donner, on peut porter la kippa, une jupe, et faire ramadan sans avoir peur. Les femmes, les hommes, les enfants vont et viennent. Il n’y a pas de mur, pas de frontière. Ils se parlent avec bienveillance, ils ne se crachent pas au visage, ils mangent à leur faim. Dans ce monde que je veux te donner, mon amour, il n’y a pas de guerre, pas d’arme nucléaire, pas de ciel gris de pollution. L’éducation est une priorité, il ne faut surtout pas répéter les erreurs du passé. Dans ce monde, amour de ma vie, tu es libre et tu n’as pas besoin de te battre.

Je m’excuse, mon amour, de ne pas pouvoir te donner ce monde-là.
Mais je peux te promettre, mon amour, que la douleur dans mon âme ce matin, je vais la transformer. Non, on ne va pas te laisser comme ça, dans ce monde-ci, sans rien faire.
Pour que tu n’aies pas à te battre, mon amour, c’est ton père et moi qui le feront.

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il n’y a personne que j’aime autant que toi, là, dans ta petite couche bleue.