Tchou tchou… prenez le train!

Non seulement c’est écolo mais en plus vous pouvez lire pendant le trajet plutôt que de pester sur le gars de derrière qui fait une queue de poisson! Bon, okay, mais en fait ce n’est pas de ce train-là que je veux parler ;-)

Le train Petite Enfance Parentalité est une initiative de l’association Ensemble pour l’Education de la Petite Enfance. Il s’agit d’un véritable train qui s’arrêtera en gare de 14 villes françaises pour présenter multiples conférences, débats et animations sur le sujet de la petite enfance.

Les sujets de conférences diffèrent selon les villes et il faut s’inscrire à l’avance — mais c’est COMPLÈTEMENT GRATUIT. On y aborde notamment la parentalité positive (ou douce) sous plusieurs aspects: pourquoi c’est plus efficace pour la construction du cerveau de l’enfant qu’une éducation « traditionnelle » (je n’aime pas ce mot, qui connote les traditions alors qu’avoir des traditions et des rituels est très important dans la construction d’une famille — je préfère parler de « pédagogie noire » comme le disait Alice Miller), comment faire pour laisser les VEO derrière nous, comment gérer au mieux les émotions de nos enfants, etc. Mais d’autres thèmes seront présentés, tels que les enfants « accros » au numérique, la santé bucco-dentaire, comment jouer avec son enfant, les enfants acteurs de la protection de l’environnement…
Le programme complet de chaque ville est disponible ici.

Pourquoi c’est intéressant?
* Parce qu’il y a aujourd’hui beaucoup de nouvelles découvertes concernant le fonctionnement du cerveau de l’enfant, et que ça peut être difficile de tout emmagasiner à moins de s’abreuver de livres de neuro-sciences.
* Parce qu’il y a de plus en plus de parents qui souhaitent renoncer aux violences éducatives ordinaires, mais qui n’ont aucune idée de comment faire sans la fessé, les punitions, la culpabilisation, les petites phrases assassines, la comparaison avec les frères et soeurs pour « motiver », et j’en passe. Pour beaucoup, ce type de conférence sera bien plus « mangeable » et concret que de lire des ouvrages de référence (pour lesquels ils n’ont souvent pas le temps, entre boulot, maison, et dodo).
* Parce que s’informer et s’éduquer, c’est le premier pas vers un changement positif. Si on garde les yeux fermés, si l’on a pas tous les éléments en main, comment arriver à une déduction logique et instruite?
* Parce que les enfants sont l’avenir, et qu’en tant que parents nous leur devons d’être à jour quant aux meilleures pratiques possibles.

Ce qui est génial, c’est que certaines conférences sur la parentalité positive et la communication non-violente sont déjà complètes! Hé oui, ça veut dire que l’intérêt est élevé, et qu’on avance un peu!

Le train reviendra à Paris le 20 novembre pour la journée internationale des Droits de l’Enfant, journée durant laquelle les thèmes seront essentiellement axés sur une enfance sans violences. Bravo à l’association qui a pris cette initiative, merci aux professionnels qui la soutiennent en intervenant au sein des conférences. Je regrette d’être à un océan de distance et de ne pouvoir m’y rendre… mais on est jamais trop loin pour souligner ce type d’action absolument fantastique!

Retrouvez ici le petit encart qui a été fait à ce sujet dans la Maison des Maternelles. 

Le mensonge collectif du gros tout rouge

Longtemps le Viking m’a dit qu’il préfère Thanksgiving à Noël, parce que c’est une fête sans cadeau et sans carotte. Rien ne s’y rattache, outre le fait de faire un bon repas ensemble – en bonne cynique française, je lui rappelle qu’on fête avec une dinde le fait d’avoir volé le pays aux premières nations… (mais sinon j’aime bien la dinde, la purée, la citrouille, et tout et tout hein!)
Depuis qu’il est papa, cela dit, il voit à nouveau Noël avec des yeux d’enfant et voudrait que cette période soit magique pour le citron, un peu comme tous les parents.

De mon côté, j’adore Noël depuis toujours. Je suis attirée par le froid et la neige, les lumières, les décorations, les trucs qui brillent un peu partout dans les vitrines des magasins, les chansons entêtantes, et la bonne bouffe de fin d’année. J’aime passer des heures à chercher ou créer des cadeaux pour mes proches; j’ai carrément un cahier, que je tiens depuis plusieurs années, dans lequel j’ai tracé des cases avec les noms des gens et où, au fur et à mesure de l’année, j’ajoute des idées.
Le problème, vous l’aurez compris en lisant le titre, c’est le Père Noël.

J’ai demandé autour de moi comment on parle de Noël, du Père Noël, et de quelle façon on l’intègre dans la culture de décembre. J’ai eu peu de réponses, souvent sans détails. Je me demande si je ne suis pas aussi passée pour la cinglée de service parce que, pour la majorité des gens, la réponse est « bah on en parle comme tout le monde quoi, qu’est-ce que tu veux dire? »

J’ai moi-même cru au Père Noël jusqu’à mes 8 ans. Ça peut sembler tard mais ça ne l’est pas: selon les enfants, la fin de la crédulité se situe entre 6 et 10 ans.
J’avais des doutes auparavant, mais je me souviens que j’étais au CE2. J’ai eu confirmation que c’était bel et bien ma mère qui transportait les cadeaux de sa chambre au salon. Elle allait « voir s’il était passé ». Mon père, pendant ce temps, nous distrayait dans la cuisine.
Je m’étais déjà demandé comment donc il faisait pour arriver jusque chez nous (en caserne militaire) en passant par le minuscule balcon du salon. On m’avait dit « il passe par le balcon de la chambre, c’est plus pratique ». Il me semble qu’une année, quelqu’un est venu déguisé chez ma grand-mère, mais je l’ai reconnu (je suis assez physionomiste, je l’avoue) et on a tout fait pour me faire croire le contraire. Non seulement ça égratigne la confiance vis-à-vis des adultes, mais en plus ça apprend à l’enfant à ne pas se faire confiance à lui-même.

Mes grands-parents poussaient le vice jusqu’à avoir des bâtons de Père Fouettard dans la maison et sonner des cloches quand il était passé. On était obligés de chanter devant toute la famille avant de pouvoir ouvrir nos cadeaux. À chaque fin de premier trimestre scolaire, on devait présenter notre bulletin à mon grand-père, qui commentait alors nos notes et sortait une petite phrase sur le passage du Père Noël, conditionné par notre adéquation scolaire. Situation humiliante et qui avance une modalité destructrice pour les enfants: l’amour de leurs parents, symbolisé par les cadeaux qu’ils reçoivent à Noël, est gouverné par les notes sur vingt (puisque certains parents disent aussi « parler au Père Noël »).

Chaque décembre, nous nous rendions à la fête de Noël du travail de mon père, un rassemblement gigantesque avec un Père Noël qui vient se placer sur une scène. Il appelle les enfants un par un, les fait s’asseoir sur ses genoux et demande dans un micro, « as-tu été sage? mérites-tu ton cadeau? ». Rien ne m’angoissait plus que de devoir me soumettre à répondre « oui » devant toute l’assemblée. Outre l’humiliation, je faisais face à des sentiments contradictoires: puisque je savais bien que je n’avais pas été parfaite, ce « oui » me devait être quasiment arraché (interprété à l’époque comme de la timidité). Au fur et à mesure des années, un tel acte n’a fait que m’apprendre à mentir pour obtenir un bien matériel.

Contrairement à beaucoup de parents qui décident de ne pas faire croire au Père Noël, je n’ai pas été traumatisée, choquée, attristée ou déçue lorsque j’ai découvert le pot-aux-roses. Je l’ai pris comme un fait, j’étais assez déconnectée de mes émotions.
Le Viking, à l’inverse, a été mis au courant de la supercherie par un garçon de sa classe; il en est tombé des nues et en veut encore aujourd’hui à ce petit chameau!
Ce choix ne vient pas non plus de la religion; le Viking et moi vivons comme des séculaires. C’est tout simplement que je ne peux réconcilier mes valeurs éducatives et mes principes de parentalité avec l’idée du Père Noël telle qu’on la connait.

Le Père Noël est un mensonge collectif de grande envergure, qui amuse surtout les adultes. 
La raison première du refus du Père Noël, c’est tout simplement que je ne peux me résoudre à mentir sciemment à mon enfant.
Le Père Noël est un mensonge de société, perpétré depuis des années: les familles continuent ce mensonge car elles suivent une tradition sociétaire sans se poser de question, sans se demander ce qu’elles en pensent vraiment. C’est d’ailleurs loin d’être un petit mensonge, puisque les adultes organisent aussi les conséquences de ce mensonges en l’élaborant et en le personnifiant: les Pères Noël déguisés dans les centres commerciaux, les lettres qu’on peut lui envoyer, les coups de téléphone, le verre de lait à moitié bu… Ils vont jusqu’à inventer d’autres mensonges afin que celui-ci tienne debout: « une cheminée apparait par magie, vu que nous n’en avons pas », « il a laissé des cadeaux pour toi chez mamie, il s’est trompé d’adresse », « il voit tout et entend tout ».
Utiliser le mensonge avec son enfant, c’est éduquer au mensonge, peu importe la teneur de celui-ci. Comment être crédible face à un enfant sur qui on a utilisé le mensonge, même dit « innocent » ou « bien intentionné » lorsqu’on lui dira de ne pas mentir? On crée un précédent.

*Un enfant qui croit au Père Noël, c’est mignon… pour les adultes. Qui utilisent alors leur enfant comme moyen d’arriver à leur fin. Je ne prends pas plaisir à la crédulité de mon enfant.
*Un enfant qui croit au Père Noël, ça développe l’imaginaire… des adultes. L’enfant n’imagine rien, il croit. La nuance est non négligeable. Ce sont les adultes qui continuent d’inventer des choses. Il y a bien d’autres moyens de développer l’imaginaire de l’enfant!
Et d’ailleurs si tout l’imaginaire ne passait que par le Père Noël, que dire des enfants juifs, musulmans, bouddhistes?

Le Père Noël sert de béquille disciplinaire en décembre.
La deuxième raison du refus du Père Noël, et je crois que c’est bien celle sur laquelle je suis la plus loquace, c’est le chantage.
« Le Père Noël voit tout et entend tout, alors tiens-toi correctement sinon tu n’auras pas de cadeaux », « Vous êtes pénibles, je vais le dire au Père Noël », « C’est quoi ces notes?! Remonte-moi tout ça ou le Père Noël ne passera pas! », « Sois sage sinon… » et j’en passe.
Outre la facilité avec laquelle le Père Noël permet au parent de l’utiliser comme béquille (temporaire) et ainsi de se dédouaner de son rôle de parent, il perd ensuite de sa crédibilité. Ce sont des menaces en l’air, puisque l’enfant aura ses cadeaux (et heureusement!).

Selon moi, Noël n’est pas une fête à placer sous condition de bonne conduite ou pire, de bonnes notes. Annuleriez-vous l’anniversaire de votre enfant parce qu’il n’est pas sage? « Ouh tu as été horrible tout le trimestre, en plus tu n’as pas eu la moyenne en maths, je propose qu’on ne fête pas ta naissance, punition! »
Cela ne ferait que perpétrer la croyance qu’il faut avoir un bon comportement (et des bons résultats scolaires) afin d’être récompensé d’un bien matériel.
Quand vous offrez un cadeau de Noël à un ami adulte, vous ne lui demandez pas d’abord si son patron est satisfait de ses performances, ou encore s’il n’a pas bousculé des gens dans le métro. Alors pourquoi le faire avec un enfant?

Noël est une fête de partage et d’amour et non de carotte et de bâton. Je me sentirais pitoyable d’avoir recours à cette autorité invisible qui sait mieux que nous, parents, ce que l’enfant mérite. Je souhaite que mon enfant sache qu’à Noël, il recevra des cadeaux, et ce indépendamment de son comportement en cours d’année. Je ne veux pas qu’il s’inquiète: il saura que ce sont Maman et Daddy qui se chargent des jouets, et très tôt il pourra contribuer lui aussi en fabriquant des choses, en faisant un dessin, etc. J’aime aussi le fait que ça permet d’expliquer à l’enfant qu’on ne peut pas tout avoir.
C’est, selon moi, en ce sens que la magie de Noël n’est pas fichue à la poubelle: la féerie ne se concentre pas dans le barbu en rouge, mais dans bien d’autres éléments de la fête. Sélectionner ou confectionner des cadeaux qui vont faire plaisir aux gens qu’on aime, c’est se placer dans une approche de partage et de bienveillance telle qu’on projette de l’inculquer.

Certaines caractéristiques du Père Noël font peur.
Entre Echo d’Amazon et Alexa de Google (ces machines qu’on place dans la maison et qui vous espionnent), les GPS intégrés dans les téléphones et les moyens qu’on a de toujours savoir qui fait quoi à quel moment et où, je trouve qu’on a pas besoin de se coltiner aussi un vieil homme qui nous observe et qui, lui, est inobservable. Pour couronner le tout, il peut s’introduire dans la maison en pleine nuit! Certes il est gentil, mais le voisin aussi est bien sympa, ça ne vous dérange pas qu’il débarque en pleine nuit?

Pire que Père Noël lui-même, il y a l’Elf de Elf on the Shelf; ça viendra bientôt en France, si ce n’est pas déjà fait.

screen-shot-2016-12-15-at-2-29-54-pm
Il s’agit d’un Elf que les parents hébergent dans la maison en décembre et doivent déplacer chaque soir, pour faire croire aux enfants, comme le veut la légende (il est vendu avec un livre) qu’il prend vie la nuit. Il est mignon (et il existe aussi en fille et en version peau foncée) alors avant d’en connaitre l’histoire, je pensais en acheter un!
Quand j’en ai appris un peu plus sur lui, ça n’a pas été possible. En plus d’avoir un quotient « fout les boules » élevé, son job c’est d’être le rapporteur du Père Noël. C’est lui qui lui dit, chaque jour, si l’enfant s’est bien comporté et pourra ainsi avoir des cadeaux. On se retrouve là encore dans l’équation bon comportement = récompense matérielle.

Je ne dis pas que la technique de « Père Noël te voit, arrête de faire l’imbécile » ne marche pas, au contraire (et si vous employez cette technique avec vos enfants, ça vous regarde, je ne vous juge pas). Je pense que ça marche plutôt bien et je comprends à quel point c’est tentant. Je suis simplement d’avis que faire cesser les mauvais comportements en promettant des cadeaux n’est pas une bonne idée. C’est un concept qui se place complètement en opposition avec l’approche que le Viking et moi avons de l’éducation de notre enfant, autrement dit la parentalité positive et l’éducation sans punitions ni récompenses. On a choisi d’apprendre à notre enfant de faire les choses parce qu’elles répondent à un besoin constructif (« la culture du sens ») et non pas pour éviter des punitions ou obtenir des récompenses. Là normalement, si vous n’êtes pas du tout dans cette optique, vous faites comme mon beau-père: vous me regardez avec un petit sourire et vous dites « mouais, on verra » :-D

Le Père Noël a malgré tout une place dans notre famille.
Au même titre que Sophie la girafe et Jef le chien, le Père Noël garde son existence de personnage de légende dans notre maison. Il est présent à travers des décorations, des chansons, éventuellement des livres, et plus tard des films.

img_5859

C’est ainsi qu’on le trouve le plus pertinent, en tant que personnage de fiction, en tant que mythe. On a prévu de parler de lui comme d’un symbole du Noël célébré de façon « moderne » et athée, et de lui dire que certains enfants croient qu’il existe vraiment. Si un jour le citron choisit de croire, on n’ajoutera pas d’huile sur le feu mais on ira pas non plus lui répéter qu’il se fait des illusions. On le laissera faire son cheminement.

Pour le moment, on a qu’un livre sur Noël, qui nous a été offert et qui, par pur hasard, ne parle pas du tout du Père Noël. Dans l’histoire, le petit hérisson fait lui-même des cadeaux pour ses amis. Je sais qu’il existe bien des ouvrages en français sur Noël sans l’homme en rouge.

 


On reparlera l’an prochain de comment gérer la non-croyance en public, puisqu’on fêtera très certainement avec les cousins. Loin de nous l’idée d’aller s’immiscer dans le choix des autres ou de prétendre qu’on fait mieux.

Le cheminement pour en arriver là a été plutôt long. Je préparais ce poste depuis novembre; quand l’ambiance de Noël a commencé à se faire vraiment présente autour de nous, j’ai senti qu’un truc me dérangeait et qu’il fallait que je creuse le sujet. Nous avons beaucoup parlé et recherché des arguments, dans les deux sens.
Je mets ici la liste de mes sources (anglais et français):

Faut-il laisser ses enfants croire au Père Noël?

Le Père Noël est-il une ordure? 

Je ne veux pas faire croire au Père Noël 

Ces parents anti-Père Noël

The Santa Claus Lie Debate 

Here’s why you shouldn’t lie to your kids about Santa

Why you should lie to your kids about Santa

Should you tell your child the truth about Santa?

Four ways we keep the Santa magic alive (without totally lying to our kids) 

Quant à la parentalité positive et l’éducation sans punir, je vois renvoie à ces ouvrages:

La discipline positive

Eduquer sans punitions ni récompenses