Tu fais quoi, dans la vie?

Avant, ça tombait sous le sens: « je suis prof », voilà ce que j’aurais dit.
Mais je ne suis plus prof, enfin plus de façon active. J’ai ouvert ma boite de traduction, qui fonctionne au ralenti (c’est l’été ma bonne dame), mais j’ai du mal à dire « je suis traductrice ». Je fabrique du matériel scolaire et éducatif… mouais, il n’y a pas de titre pour ça en français. Je suis mère? Bah non, je ne suis pas que ça! Et si je me définis ainsi, je peux carrément filer une carte de visite de psy à mon enfant dès maintenant!
Et sinon « je suis confuse » ça colle bien en ce moment, haha. Ça reste toujours moins péjoratif que « je suis cinglée, excusez-moi »!

C’est un article complètement décousu, juste histoire de.
Mon fils a eu un an, et en regardant en arrière, je me suis rendue compte que je me suis complètement donnée, et que j’arrive au stade où j’ai envie de reprendre un peu le contrôle de moi. Et d’être seule, punaise qu’est-ce que c’est bon la solitude quand tu vis depuis un an (et 8 mois de grossesse) avec un petit être constamment collé à toi.

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Je suis allée au cinéma, j’ai vu Detroit, un film de 2h30 qui était absolument génial. Allez-y, je crois que c’est d’intérêt public.
J’ai prévu un weekend sans bébé en novembre, et je me dis que c’est dans loin, tout ça… Je peux souffler 5 minutes? Apparemment pas. Il n’est pas trop de deux adultes pour faire face à 9 kilos qui bougent sans arrêt.
J’ai décidé qu’il était temps que j’arrête d’allaiter le citron parce que je commence à en souffrir, et c’est pas bon pour aucun de nous. Bref, je compose, ou plutôt j’essaie, avec une nouvelle réalité: je suis mère, je suis moi, je suis ex-prof, je suis quoi?
En vrai, même si on est partis quelques temps dans d’autres états, et qu’on a vu des amis, on a pas eu de vraies vacances. Ce n’est tout simplement pas possible, avec un enfant de 12 mois qui grimpe partout, hurle comme la bête du Gévaudan dans les magasins juste pour entendre sa voix, se frustre quand il ne peut pas jouer avec la prise électrique, et doit dormir à la même heure chaque jour — et pas dans la voiture.

Est-ce que je culpabilise? Mais oui, et plutôt deux fois qu’une. On a beau me dire « faut pas », cette expression n’est pas miraculeuse.

J’ajoute que je n’aime tant que ça le pays dans lequel je vis. Malheureusement c’est le pays de mon fils, et malheureusement il y a une main instable à la Maison Blanche, prête à appuyer sur n’importe quel bouton pour faire joujou avec. Assommez-moi jusqu’au prochain terme.

Ah, et comme chaque été, j’ai envie de retourner en Afrique… Oui c’est bizarre, non en fait pas tant que ça, ceux qui comprennent comprennent. Et chaque hiver aussi, vu qu’ici il te neige sans discontinuer sur la gueule de novembre à mai. J’ai souvent envie de sauver le monde, c’est ainsi (et en hiver, d’avoir plus chaud). J’ai souvent aussi la débilité de croire que je vais y arriver. Peut-être juste faire une petite différence? Bon okay, minime hein. Mais merde, j’ai pas envie d’élever mon enfant dans cette jungle où les choses matérielles comptent plus que les gens.

En attendant, j’écris un bouquin et je m’y perds un peu. Pas sûre de savoir si ça me fait du bien ou si ça empire les choses, mais j’ai pondu 70 pages et le reste est à venir. Le premier chapitre, les 5 premières pages sont , et si ça vous tente de me dire ce que vous en pensez, merci, merci infiniment. Sinon, merci quand même d’avoir lu jusqu’à la fin cette espèce de lettre bordélique qui ne veut rien dire.

New Hampshire Highlights

 

Ces quinze derniers jours ont été bien sympas!
Tout d’abord, les cousins sont venus du Colorado pour un brunch familial que nous organisions en l’honneur de nous :-D  Les enfants sont encore tous très petits mais c’était tellement chouette de les voir interagir et s’observer… une belle Cousinade 2017!
Cet événement s’est déroulé sur les îles de Shoals, la côte du New Hampshire non loin de Portsmouth, ville mignonne à souhait. On y trouve de superbes plages rocailleuses, et c’est là que le citron a découvert l’océan. Il a également goûté à son premier sable, haha. Oui, il a un maillot de bain avec des citrons dessus, je l’ai acheté… avant sa naissance! (l’enfant qui fait la sirène sur le rocher n’est pas avec nous, il se trouvait être là et comme l’eau était absolument glaciale, je crois qu’il essayait de sécher!)

Nous avons aussi mangé des homards sur les docks, le soir du brunch, à Kittery dans le Maine, sur Badgers Island. On ne peut pas faire plus authentique que cela! J’avais commandé un homard de 1 pound et demi mais comme j’avais déjà mangé des palourdes, je n’ai pas pu le finir… En plus, il était tellement gros que c’est le Viking qui devait me l’ouvrir à chaque fois!

Nous avons profité de la présence de la famille étendue pour faire, entre autres sorties natures, une randonnée de groupe et aller tout en haut de Blueberry Mountain, le premier sommet du citron (avec l’ErgoBaby). La fille avec l’énorme sac à dos qui est toute blanche, c’est moi.

Hier, nous nous sommes promenés dans la capitale du New Hampshire, Concord. Vous trouverez donc sur mes photos le Capitole et d’autres mignonneries de la ville. Bien entendu, nous avons fait une escale en terres d’origine, haha (le Viking est 1/4 suédois). Quelqu’un a dit lingonberry?!

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Et le citron a fait son baptême nautique! Nous avons traversé Lake Armington ce matin pour nous rendre à un brunch et voir des amies du Texas. Que d’aventures!

J’ai regardé « 13 reasons why »

J’ai trouvé que c’était très bien fait, que les acteurs étaient excellents, et je me suis facilement attachée aux personnages (je ne sais pas comment ça se compare avec le livre, je ne l’ai pas lu et je n’ai pas envie de le lire).

Comment savoir qu’une série controversée est bien faite?
Vous êtes constamment énervé et/ou perplexe.

Beaucoup de choses m’ont exaspérée dans la façon dont Hannah, le personnage principal au destin funeste, vit sa vie et fait ce qu’elle fait: tout est montré de son point de vue d’ado et si j’étais tant choquée, c’est le signe que la série est bien ficelée et fonctionne! Si vous êtes entourés d’ados, c’est encore plus frappant: chacune de ses décisions est prise avec un cerveau bien reptilien comme il faut. Hannah n’est pas une adulte et ne réfléchit pas comme tel. Son système de pensée est irrationnel, ses actions sont complètement liées à ses émotions. C’est une hypersensible — il y a notamment une scène dans le couloir bondé de son lycée où quelqu’un la heurte à l’épaule sans le vouloir; elle prend ce geste maladroit comme une attaque personnelle de grande force, alors que ce n’était pas dirigé contre elle.

Ce qui exaspère encore plus que les choix qu’Hannah fait, c’est la façon dont les causes de son suicide sont présentées; mais encore une fois, il faut bien garder en tête que toute la série est présentée de son point de vue à elle et non pas d’un point de vue omniscient et externe. C’est justement cela que je souhaite aborder: quand quelqu’un se suicide, ce n’est jamais la faute de ceux qui restent. 

Certes, la série présente — outre la scène très difficile du suicide — des thèmes comme la violence physique, la dépression, le rejet, l’alcoolisme, le harcèlement scolaire (notamment augmenté par les réseaux sociaux) et le viol. Mais ce qui est plus dur, selon moi, c’est de regarder les 13 épisodes en sachant que le personnage principal proclame les gens autour d’elle comme responsables de sa mort.

On peut facilement imaginer qu’un public plus jeune et/ou plus fragile, pourrait croire que cette façon de penser est typique ou normale, et que c’est une vérité absolue. Non seulement c’est présenté ainsi par le personnage principal, mais c’est relayé à travers le fait que les autres lycéens ont terriblement peur d’être des accusés.

Certains adolescents ne verront pas nécessairement qu’il s’agit uniquement du point de vue du personnage principal, c’est pourquoi il est important, je pense, de les accompagner s’ils souhaitent visionner la série ou lire le roman. On peut par exemple ouvrir la discussion en demandant si certains mots, certaines actions, auraient pu permettre à Hannah de prendre des décisions différentes. Y a-t-il réellement quelque chose qui aurait pu aider Hannah à survivre?

Sans pour autant donner des réponses toutes faites, je crois qu’il est nécessaire d’amener ce public plus jeune et/ou plus fragile à découvrir par lui-même que :

  • la série ne fait pas du tout l’apologie du suicide
  • le suicide n’est ni romantique ni héroïque et n’est pas typique de quelqu’un qui souffre de harcèlement ou qui se trouve en situation de détresse psychologique
  • parler ouvertement de détresse personnelle et de suicide n’engendre pas le suicide (autrement dit, ce n’est pas contagieux!), ce n’est pas une idée qu’on plante en quelqu’un et qui germera ensuite
  • quand bien même tout le monde ne sait pas quoi dire à quelqu’un qui démontre une détresse telle que celle d’Hannah et des pensées suicidaires, il y a des professionnels très qualifiés qui peuvent réellement aider
  • la nullité du conseiller du lycée d’Hannah n’est qu’une dramatisation hollywoodienne; dans la réalité (du moins aux US), cette profession est formée à la psychologie et aux situations de crise, de la même façon qu’un professionnel en cabinet ou hôpital
  • faire un selfie devant le casier décordé d’une personne qui s’est suicidée est inapproprié — d’ailleurs, dresser un monument commémoratif pour une personne qui s’est donné la mort n’est pas du tout une pratique recommandée, ça ne serait pas autorisé dans une école
  • les cassettes d’Hannah accusent certaines personnes d’être responsables de sa mort — le suicide de quelqu’un n’est JAMAIS la faute de ceux qui restent 
  • il existe des groupes de soutiens et de l’aide pour ceux qui ont perdu quelqu’un à cause d’un suicide

Enfin, si vous êtes sensible aux scènes télévisuelles difficiles, ou si vous êtes parents, sachez que les épisodes comportant des moments critiques, tels que des scènes de viols, de violence physique, ou avec beaucoup de sang, sont précédés d’une alerte écrite sur l’écran. Je ne suis pas spécialement sensible au sang et au gore à la télé, mais le dernier épisode reste très difficile à voir. Il s’agit d’une scène continue donc vous pouvez, si vous en ressentez le besoin, faire « avance rapide ». Etant mère, la scène la plus perturbante pour moi a été celle où les parents d’Hannah la trouvent morte. Après réflexion, j’aurais souhaité ne pas voir ce moment de la série.

*****

Il y a trois ans, le frère ainé d’une de mes élèves s’est suicidé. La communauté s’est affolée, notamment car il s’agit d’un district où les élèves sont soumis à une pression académique énorme et où il faut toujours en faire plus. Si vous êtes entourés d’ados, si vous vivez vous aussi dans une communauté avec un fort potentiel académique (université de l’Ivy League, par exemple), voici quelques pistes qui doivent vous alerter:

  • un adolescent qui a l’air triste et incapable de faire quoi que ce soit, tous les jours pendant au moins quinze jours de suite
  • un adolescent qui boit de l’alcool de façon excessive (plus de 5 verres de suite)
  • un adolescent qui souffre d’un grand stress, d’une pression académique de malade
  • un adolescent qui cumule les activités extra-scolaires par pression ou peur du futur (universités toujours plus sélectives, etc.)

The greatest adventure

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Nous étions deux et demi, nous sommes maintenant trois.
C’était il y a un an, sur les rives du lac Champlain, par une soirée de printemps fraîche et claire. Le juge de paix est arrivé sur son vélo, tout souriant. Nous avons marché jusqu’à un banc devant la capitainerie et nous nous sommes posés là, nerveux. J’ai enlevé ma veste. Je portais une robe de grossesse noire et blanche, le Viking un costume gris. Le soleil se reflétait sur l’eau, le vent faisait virevolter quelques mèches de mes cheveux. Nous n’avions même pas encore d’alliances! Il faut plus de temps pour fabriquer deux bagues que pour organiser notre cérémonie intime.

Nous étions deux et demi, nous sommes maintenant trois.
Quinze jour auparavant, je me tournais vers le Viking. Je le regardais et lui disais « J’ai envie de me marier avec toi maintenant. Ne pas attendre, ne pas inviter qui que ce soit. » Il a pris les choses en main, réservé l’hotel, le dîner, le juge de paix. L’idée d’être en petit comité lui plaisait. Nous avons sorti nos voeux de nos poches, nous nous sommes tenus les mains. Ce soir-là, le juge a pris quelques photos puis nous avons marché le long du port, en silence, heureux comme des rois.

Nous étions deux et demi, nous sommes maintenant trois.
Et ce n’est pas le citron, grandissant en moi, qui n’allait pas manifester sa présence dès six heures du matin! Entre insomnies et fringales de grossesse, nous avons pris le petit déjeuner le plus tôt possible, dans notre chambre avec vue. Le lac au loin, le sourire aux lèvres, la main sur le ventre. Nous nous sommes promenés en ville un peu, avant de reprendre le chemin de la maison. Je me souviens de ces quelques heures de voiture béâtes, à nous lancer des regards sur un fond de musique douce, avec notre petit secret à nous deux et demi. Nous n’avons rendu notre union publique que quelques semaines plus tard.

Nous étions deux et demi, nous sommes maintenant trois.
On dira ce qu’on veut, tant qu’on a pas d’enfant on est déficient d’amour. On a une vague idée de ce que c’est, on croit même en avoir fait l’expérience, et puis … et puis, quand on passe de deux et demi à trois (ou quatre, ou cinq!), il y a une nouvelle porte qui s’ouvre en nous. À deux, on n’est qu’un Rubik’s Cube non-résolu, un Sudoku trop complexe, un meuble Ikea dont il nous manque une pièce. À trois, on a accès à un labyrinthe affectif jusqu’alors inconnu. On a des clés en rab, un coeur plus mou, des yeux plus humides. À trois, on découvre l’équivalent amoureux de la solution des mots-croisés du New York Times, et pas ceux du dimanche.

Nous étions deux et demi, nous sommes maintenant trois.
C’est la plus belle aventure qu’il soit.

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de deux et demi…
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…à trois!

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photos: Geoff Hansen Photography