The greatest adventure

jump to English

 

Nous étions deux et demi, nous sommes maintenant trois.
C’était il y a un an, sur les rives du lac Champlain, par une soirée de printemps fraîche et claire. Le juge de paix est arrivé sur son vélo, tout souriant. Nous avons marché jusqu’à un banc devant la capitainerie et nous nous sommes posés là, nerveux. J’ai enlevé ma veste. Je portais une robe de grossesse noire et blanche, le Viking un costume gris. Le soleil se reflétait sur l’eau, le vent faisait virevolter quelques mèches de mes cheveux. Nous n’avions même pas encore d’alliances! Il faut plus de temps pour fabriquer deux bagues que pour organiser notre cérémonie intime.

Nous étions deux et demi, nous sommes maintenant trois.
Quinze jour auparavant, je me tournais vers le Viking. Je le regardais et lui disais « J’ai envie de me marier avec toi maintenant. Ne pas attendre, ne pas inviter qui que ce soit. » Il a pris les choses en main, réservé l’hotel, le dîner, le juge de paix. L’idée d’être en petit comité lui plaisait. Nous avons sorti nos voeux de nos poches, nous nous sommes tenus les mains. Ce soir-là, le juge a pris quelques photos puis nous avons marché le long du port, en silence, heureux comme des rois.

Nous étions deux et demi, nous sommes maintenant trois.
Et ce n’est pas le citron, grandissant en moi, qui n’allait pas manifester sa présence dès six heures du matin! Entre insomnies et fringales de grossesse, nous avons pris le petit déjeuner le plus tôt possible, dans notre chambre avec vue. Le lac au loin, le sourire aux lèvres, la main sur le ventre. Nous nous sommes promenés en ville un peu, avant de reprendre le chemin de la maison. Je me souviens de ces quelques heures de voiture béâtes, à nous lancer des regards sur un fond de musique douce, avec notre petit secret à nous deux et demi. Nous n’avons rendu notre union publique que quelques semaines plus tard.

Nous étions deux et demi, nous sommes maintenant trois.
On dira ce qu’on veut, tant qu’on a pas d’enfant on est déficient d’amour. On a une vague idée de ce que c’est, on croit même en avoir fait l’expérience, et puis … et puis, quand on passe de deux et demi à trois (ou quatre, ou cinq!), il y a une nouvelle porte qui s’ouvre en nous. À deux, on n’est qu’un Rubik’s Cube non-résolu, un Sudoku trop complexe, un meuble Ikea dont il nous manque une pièce. À trois, on a accès à un labyrinthe affectif jusqu’alors inconnu. On a des clés en rab, un coeur plus mou, des yeux plus humides. À trois, on découvre l’équivalent amoureux de la solution des mots-croisés du New York Times, et pas ceux du dimanche.

Nous étions deux et demi, nous sommes maintenant trois.
C’est la plus belle aventure qu’il soit.

IMG_1817 - Version 2
de deux et demi…
20170429-bw-teschner-gh-021
…à trois!

20170429-bw-teschner-gh-10220170429-bw-teschner-gh-02520170429-bw-teschner-gh-086

photos: Geoff Hansen Photography

 

Un jour dans ma vie… avec un bébé!

Il est 9h, je me réveille doucement, je m’étire et je commence par faire une petite séance de méditation. Je n’en fais pas le matin, en général, mais le citron dort encore, il fait super froid dehors et je n’ai pas envie de sortir du lit!

Ça me prend une dizaine de minutes, puis j’entends le citron qui bouge et je me tourne vers lui, il a les yeux ouverts. C’est un soulagement car je commençais à sentir mon sein gauche hyper plein! #vieglamour

IMG_6749
Je passe aux toilettes, je le récupère, et immédiatement je l’emmène téter en bas. Je le change toujours après (sauf s’il a eu une fuite pendant la nuit) parce qu’au réveil, il a très faim.

Pendant qu’il tète, je lance une émission de la Maison des Maternelles.

IMG_6752

Tout à l’air rose chez moi parce que nous avons des rideaux fuchsia (que je ne peux plus voir!) et comme il fait grand soleil et qu’il y a une tonne de neige, je ne les ai pas ouvert. Nous serions aveuglés!

Quand Oscar a fini, je le pose dans son transat (oui il est très grand pour son transat, ça en est la fin, de toute façon on l’y met que le matin le temps que je pompe) en lui disant « Maman va boire son café, tu vas dans ta petite chaise, d’accord? »
Je vais me chercher ledit café et je commence à tirer du lait. Il est déjà 10h!

IMG_6750

Au bout de 40 minutes, je pose mon équipement de tire-lait et je vais changer la couche d’Oscar. Pas de fuite, pas d’explosion de caca, ouf!

IMG_6757
Je le laisse en pyjama encore un peu. On redescend: pour lui, c’est l’heure du temps de jeu sur la couverture, et moi je tire du lait du sein opposé.

IMG_6759
Il faut que je pense à ranger la couverture sapins, on est déjà à la mi-mars!

Quand j’en ai fini avec mon tire-lait, il est 11h30. Je ne vais plus prendre de petit-déjeuner à cette heure là, on passe directement au déjeuner. J’installe Oscar dans sa chaise haute et je lui donne une « compote » de fruits rouges (en gros, j’ai décongelé des fruits à la vapeur et je les ai passés au mixer).

IMG_6763
on dirait qu’il porte du rouge à lèvres :-D

Il adore! C’est en revanche super difficile de lui nettoyer la bouche après, haha. Il déteste se faire nettoyer le visage, mais j’ai trouvé une parade: j’utilise un spray d’eau thermale Avène. Allez savoir pourquoi, si on lui met d’abord un petit coup de spray au menton, il se laisse débarbouiller ensuite, alors que si on le lave avec un essuie-tout humide ou une lavette, il hurle.

IMG_6766

Je me fais une salade avec des restes de riz, des pois chiches, des haricots noirs, un demi avocat qui a malencontreusement passé la nuit hors du frigo, et un oeuf mollet. C’est très bon! J’en mange à peu près la moitié, puis je remets le tout au frais. Oscar a fini sa compote (on mange ensemble, ça nous aide aussi à manger plus lentement) et j’ai entendu des bruits suspects… c’est donc l’heure de changer la couche à nouveau!

IMG_6767
Bingo, c’était un number two comme on dit ici. On a ajouté quelques étapes à nos couches depuis qu’il mange des purées, j’en reparlerai séparément.

Je l’habille sur notre lit: c’est plus vaste que la table à langer, mais je me fais moins mal au dos qu’au sol. Je m’habille moi aussi, il est 12h30. Je mets mes lentilles mais je ne me maquille pas.

Je peste après mes cheveux. Ils m’arrivent tout le temps au visage, j’essaie de les laisser pousser mais ils sont encore trop courts pour les attacher. Quand je les mets en arrière, je ressemble soit à un mec si je ne suis pas maquillée, soit à un samouraï… Comme j’ai la lèvre du bas fendue à cause d’un coup de boule du citron, va pour le guerrier haha. Je ne vous montre pas le résultat: c’est pratique, mais c’est laid.

On joue un peu au sol dans la salle de jeux, mais Oscar montre des signes de fatigue et veut téter. Il ne tient même pas 5 minutes avant de s’endormir!

IMG_6776
Il dort trente minutes comme ça, sur le coussin d’allaitement, tourné vers moi. J’ai mon iPod à ma portée et j’entame une conversation avec mon amie Pauline à propos de maillots de bain.

Oscar se réveille, j’essaie de le poser sur la couverture avec ses jouets. Il préfère être porté. On se promène un peu dans la maison, on observe des choses, on regarde par la fenêtre la déneigeuse qui fait son travail. Au bout d’une vingtaine de minutes, je réalise que je ne me suis pas encore lavé les dents! Je tente de le poser au sol devant la salle de bains mais c’est sans espoir. On s’installe donc à nouveau sur le grand tapis de jeu. Du moment que je joue avec lui, qu’on regarde des livres, qu’on fait des roulés-boulés ensemble, tout va bien.


Il mâchouille fortement une chaussette. Il vient d’avoir une dent en bas, ça fait deux jours que ça le dérange et qu’il est très facilement irritable. On joue une petite demi-heure.

Il a faim pour de vrai cette fois-ci. On descend dans le salon pour qu’il tète. Quand il a fini, il est beaucoup plus heureux; je saisis cette occasion pour enfin me laver les dents (il est 14h).  Je le pose devant la salle de bains pour qu’il me voit. Je ne sais pas pourquoi, mais le bruit de la brosse à dents électrique le fait toujours rire. On retourne ensuite jouer sur ce grand tapis.

IMG_6784
On prend cette espèce de tour en bois, on enlève et remet les ronds. Le citron aime surtout le bâton en lui-même, il s’en fiche un peu des ronds: c’est maman qui les empile, héhé. Ça ne dure pas plus de 5 minutes et je le remets sur le dos pour qu’il puisse bouger (on est adepte de la motricité libre donc il passe très peu de temps assis).

Malheureusement, il vomit un peu par le nez et s’en trouve très irrité. Ça fait mal! J’essaie de lui nettoyer le nez tant bien que mal, mais ça n’arrange pas son état grincheux. Je tente donc une technique de calme: le porter dans une pièce plus sombre, tout en chantant doucement des chansons familières. Je tire les rideaux dans notre chambre et je parviens à le calmer, merci Pirouette Cacahuète et Le Grand Cerf. Avec son pouce dans sa bouche, il s’endort tout contre moi. Quand je sens que sa tête est bien lourde, je le pose dans son lit. Il est 15h20 et comme le Viking ne va pas tarder, je descends mettre un mot sur la porte pour lui dire de ne pas faire de bruit. Le citron ne fait jamais la sieste dans son lit mais toujours sur moi, l’après-midi, donc le Viking aurait risqué de crier « chériiiiiie, je suis rentréééé » en ne nous voyant pas au rez-de-chaussée, hihi. Pendant que le citron dort, je reste dans la chambre avec lui: je m’assois au sol et je commence à taper cet article.

Oscar se réveille 3 ou 4 minutes avant que le Viking ne rentre, vers 16h10. Il le sort du lit, le change et ils jouent ensemble pendant que je continue d’écrire. Quand le citron a faim, je descends et je le remets au sein. J’avais espoir de prendre une heure pour travailler sur un cours que je suis actuellement, mais ça sera pour un autre jour.

Le Viking prend un petit goûter à coté de nous sur le divan et nous raconte sa journée. Le citron et moi (enfin, surtout moi!) partageons la nôtre. C’est le moment famille-canapé, où nous nous retrouvons chaque jour. Je finis ma salade de midi parce que je n’ai pas eu le temps de faire des muffins comme prévu et il n’y a pas d’autres sucreries dans la maison ( –> on a déjà fini les 4 boites de cookies achetées aux Girls Scout il y a dix jours).

IMG_6797
On discute, on rigole, on se chatouille et on lit! Parfois on regarde une série, le Viking et moi, mais seulement si le citron fait la sieste ou est en train de manger ( = il ne voit pas l’écran).

On remet Oscar au sol, le chat se réveille enfin de sa dure journée (haha) et vient l’examiner.  On l’observe de loin rouler et essayer d’attraper mon sac à main. On pourrait le regarder des heures prendre des jouets, se tourner, se retourner, se décoincer le bras, remarquer qu’on l’observe et sourire… C’est fascinant de voir tous les progrès moteurs qu’il a fait dernièrement! Je vais le rejoindre pour le bisouiller un peu. Il vient de réaliser qu’il peut donner des « bisous » lui aussi; il essaie d’attraper mon visage pour me coller sa bouche dessus et on passe un petit moment comme ça à s’alterner des bisous.

Le Viking va prendre une douche et je continue de rédiger le récit de ma journée. Il est 18h, c’est le moment pour Oscar d’aller prendre un bain… avec maman! On a à peu près une heure de retard sur notre « planning » habituel.

IMG_6804
On alterne le parent qui va dans le bain avec le citron. On le douche un jour sur deux: en fait, on le trempe pour éviter les poussées d’eczéma. On ne lui met du savon qu’en cas de gros caca explosif (j’espère que vous n’êtes pas en train de déjeuner!) sur les parties sales, et je lui lave les cheveux une fois par semaine. Là il en avait besoin, car il a un reste de crème anti-eczéma après une petite poussée sur le haut du crâne il y a deux jours.
Ça marche plutôt bien, la trempette! Il a un petit poisson avec des trous comme une passoire, qu’il adore. Il sait aussi frapper dans l’eau pour éclabousser ou tout simplement se laisser flotter. Ensuite, je prends ma douche et le Viking s’occupe du reste.

Il est déjà 19h! Depuis que nous avons un enfant, je trouve que je fais 30 à 40% de ce que je faisais avant. J’avoue que là, je me languis du printemps (on vient de se retaper une tempête de neige et des températures glaciaires) car j’en ai assez d’être enfermée. Je voudrais pouvoir prendre la poussette ou le porte-bébé et me promener avec lui dans la forêt ou en ville sans craindre la transformation en iceberg (avec l’épidémie de grippe et de gastro, on ne va pas trop en lieu public intérieur non plus). Notre poussette actuelle ne permet pas de se déplacer sur du terrain non pavé, nous sommes en attente d’une poussette de footing qui nous laissera aussi naviguer en forêt par exemple.

Je descends au salon, le citron va prendre son dîner version liquide. Le Viking et moi lançons un épisode de la série The Path. Le citron mange bien et s’endort au sein, on en profite pour terminer notre épisode. Depuis qu’on a le citron, on ne mange plus jamais devant la télé (avant, on faisait un plateau télé le vendredi soir avec pizza, glace, et séries).

À presque 20h, je passe le citron endormi au Viking (ça passe ou ça casse, mais cette fois il reste endormi) et je vais enfin faire la cuisine. Comme je l’ai dit, on a une heure de retard: on essaie de manger à 20h au plus tard. Ce soir, il est 21h quand on s’attable enfin. Oscar est réveillé depuis quelques temps et profite des bras de son papa tout en se creusant l’appétit pour venir à table avec nous.

Après le dîner, le citron et moi tenons compagnie au Viking qui nettoie et range la cuisine. C’est le moment « vannes nulles » de la famille.
Je vais changer Oscar une dernière fois mais au moment de redescendre, j’entends ce qui pourrait être un autre number two et le Viking va vérifier, dans le doute. Non, ce n’étaient que des gaz ;-)

On remet le citron sur la couverture de jeu jusqu’à ce qu’il manifeste qu’il en a assez. C’est plutôt rapide, en général, car il a l’habitude de téter pour la dernière fois de la soirée vers 21h30. Le Viking mange son habituel bol de glace du soir, haha. Je mets Oscar dans sa gigoteuse (en fait, moi je dis « un sac de dodo » en français, parce que je pense toujours à l’anglais) mais il faut jouer un peu à « oh, où sont tes pieds? » avant de la zipper; il accepte difficilement d’être mis dedans même si une fois fermée, il s’en fiche. C’est l’action de lui mettre des habits qui le dérange, visiblement.

Il s’endort au bout d’une demi-heure de sein pendant que nous regardons un (demi) épisode de…  Smallville. C’est notre série gentille du soir, il faut bien un héros sur qui compter héhé.

On va au lit vers 23h. C’est dans notre moyenne, entre 22h30 et 23h. Le citron ne se réveille plus la nuit pour manger depuis plusieurs mois; par contre depuis quelques temps, il se « réveille » un peu trop entre deux cycles de sommeil et se frotte vigoureusement les yeux. Le Viking va alors lui tenir les bras 5 ou 10 minutes pour qu’il ne se réveille pas vraiment. Il fait ça quasiment tous les soirs mais en général on ne dort pas encore quand ça arrive. Il se rendort vers 23h30, le Viking et moi finissons notre conversation et éteignons la petite lampe. Je termine par une méditation, le Viking dort déjà (l’homme qui s’endormait en 5 secondes…).

BONNE NUIT!

Vous allez peut être aussi aimer: Un jour dans ma vie d’avril 2016 (enceinte)

Travail, stress et relaxation

En général, je ne suis pas quelqu’un de très stressé. C’est presque quelque chose qui m’est reproché ici aux USA, où je passe pour nonchalante: on me fait souvent sentir que je devrais m’inquiéter plus pour mon emploi, que je devrais me plier en quatre pour satisfaire mon employeur, qu’il vaut mieux être un bon collègue (quelqu’un qui dit toujours oui et ne s’écoute jamais?) et un prof passable que l’inverse. Dans le pays où on peut être renvoyé sans raison et où on a tendance à vivre pour son travail, ça n’étonne pas. Il n’y a pas de filet de sécurité, pas d’indemnisations, et très peu d’aides financières. La relation à l’emploi est l’une des différences culturelles les plus frappantes.

J’ai souvent entendu « arrête de penser comme une française », « on est loin de tes 35 heures » ou le fameux « ici, ce n’est pas comme ça ». Je ne mords pas à l’hameçon!
J’aspire à une vie plus lente, plus douce et plus respectueuse des rythmes biologiques humains. J’exige un confort familial (d’autant plus depuis la naissance du citron) et je refuse de le sacrifier au nom de je ne sais quel dû qu’on aurait par rapport à notre boss. Regardons à quel point les scandinaves sont productifs avec leur journée de 6 heures! Plus on est en mode remplissage, moins on est créatif…

Dans le même esprit du minimalisme matériel qu’on pratique dans cette famille, je souhaite travailler moins pour travailler mieux. Je suis en train de créer mon emploi.

J’y pensais depuis plusieurs années. Je voulais me mettre à mon compte, mais là encore je fonctionnais comme une française et me disais que c’était une chimère. Si les USA m’ont appris quelque chose, c’est bien qu’on peut se recycler à volonté! Créer son entreprise n’est pas le parcours du combattant. Une idée concrète m’est venue en décembre, quelques semaines avant que j’apprenne qu’une collègue prendra mon poste l’an prochain car le sien est supprimé. Dernière arrivée, première à partir. C’est l’occasion de ne pas reculer! Je ne peux plus avoir peur, on me donne enfin l’opportunité de travailler pour moi.
Je me forme, je construis mon profil professionnel, je m’apprête à mettre le nez dans un peu de paperasse. Je me languis de cette indépendance qui sera mienne au début de l’été!

Il me reste deux semaines de congé maternité. Je me vois dans l’obligation (financière, cette fois, car c’était un congé sans solde tout du long) de retrouver mes élèves et mon tableau électronique pour les 12 semaines de cours qu’il reste. D’où mon stress.
C’est au tour du Viking de rester à la maison! Et même si je me réjouis des moments privilégiés qu’il va passer avec son fils, la transition ne sera pas facile. Le rythme, les diverses obligations, les personnalités conflictuelles, la déception que provoque en moi l’éducation traditionnelle… Ceux qui sont profs ou qui vivent avec un prof le savent: la journée ne s’arrête pas quand on entre dans sa voiture le soir. C’est un métier chronophage, qui mange sur la vie de famille à coups de copies à corriger, d’e-mails de parents et de leçons à planifier (non, on ne fait pas qu’ « utiliser le bouquin »…).

Heureusement que le printemps arrive. Ca sera toujours plus sympa de devoir réveiller Oscar pour lui donner le sein avant de partir s’il y a du soleil qu’en fond de tempête de neige! Si vous saviez comme j’ai mal au coeur d’être sur le point de lui casser ses rythmes naturels pour le conformer aux obligations sociétaires alors qu’il aura tout juste 8 mois…
Mon tirage de lait se passe mal. C’est purement psychologique: j’ai plein de lait, mais mon cerveau envoie le message à mes seins de le garder pour nourrir un bébé directement, non pas pour l’envoyer au congélateur. Il me faut 5 jours pour tirer la quantité d’un seul repas, alors que le citron mange directement à sa faim à volonté, le reste du temps! Un autre signe que tout ceci n’est pas naturel.

IMG_6725
une heure, deux seins…

J’ai trois techniques pour m’aider dans la gestion du stress:

J’ai (re)découvert récemment la méditation guidée. 
Je suis allée à un séminaire de rééducation du périnée proposé par une prof de yoga, qui nous a guidé dans une relaxation pour terminer le cours. C’est lors de cet exercice final que je me suis dit « tiens, ça marche vraiment bien sur moi, il faudrait que je puisse le faire tous les jours ». C’est vrai que j’aimais beaucoup cette partie quand je prenais un cours de yoga. Au début, c’était surtout en rapport avec l’éviction de mes parents de ma vie, mais c’est rapidement devenu un outils quotidien. J’ai fait un peu de recherches puis je suis tombée sur l’application Meditation Studio. Je n’ai pas de smartphone, mais elle passe sur iPod Touch (et iPad) aussi. On peut naviguer différents thèmes, trouver une méditation qui nous convient autant au niveau du sujet que du temps demandé, puis la télécharger: il n’y a pas besoin d’être connecté à internet pour l’écouter ensuite.

L’interface est neutre, elle ne distrait pas. Vous pouvez ajouter un bruit de fond à la voix du prof, comme par exemple des carillons ou de la pluie (ces deux-là sont ceux que je préfère). L’application coûte $4 et donne accès à plein de cours, qui sont sans cesse mis à jour sans avoir besoin de payer à nouveau. Pas besoin de matériel: il suffit d’un siège confortable ou d’un endroit où s’allonger.

Après quelques recherches, j’ai trouvé l’application Petit BamBou en français, qui me semble extrêmement similaire. Leur catalogue est large, il y a même une série sur la parentalité bienveillante!

L’écriture est un exutoire formidable.
Je parle beaucoup avec le Viking, mais il n’est pas toujours présent. C’est avec lui que je debrief le plus les trucs négatifs qui se passent dans ma vie, au jour le jour. Quand il n’est pas là, ou que certaines situations se prêtent mieux à l’écriture qu’à la parole, c’est à mon clavier que je m’en remets.
Si j’écris souvent sur du papier, j’ai cependant trouvé en OmmWriter un programme formidable. Il s’agit d’une interface qui prend tout votre écran, afin de ne pas vous laisser vous distraire. Vous ne pouvez pas passer à une autre fenêtre à moins de fermer le programme complètement: c’est une aide à la concentration.

Screen Shot 2017-03-13 at 10.12.15 AM

(le petit truc qui dépasse à gauche ne vient pas de l’interface, c’est le raccourci de mon programme de tableau électronique pour l’école)

Vous pouvez changer l’image, sélectionner une mélodie apaisante en fond sonore, choisir la taille de votre petit cadre (qui disparait si vous bougez la souris, pour encore plus de minimalisme). Vous pouvez également choisir un son de clavier (effet machine à écrire, par exemple) ou le rendre silencieux.

Screen Shot 2017-03-13 at 10.11.34 AM

OmmWriter est payant: vous pouvez donner ce que vous voulez, à partir de $5.11
De mon côté, je me le suis offert pour $7. C’est achetable de n’importe quel pays.

Week-ends sans réseaux sociaux
Les gens qui vont sans cesse sur leurs applications de réseaux sociaux sans y penser reportent un niveau de stress de 5.3/10… À savoir que la moyenne de stress est de 4.4!
Nos cerveaux sont programmés pour répondre à un changement de stimuli rapide: c’était logique à l’époque des femmes des cavernes, qui devaient se partager entre la cueillette, la cuisine, les enfants, les mammouths, les insectes dangereux, le mari qui n’allait peut-être pas revenir de la chasse en un seul morceau, les virus tueurs, la météo peu clémente et la vie dans une grotte, la communication à coups de syllabes gutturales et j’en passe. Cette biologie, c’est ce qui nous empêche d’ignorer le dernier post sur Insta ou le message Facebook d’un ami, et qui nous stresse ainsi. Pourtant, si on ne répond pas de suite, on ne risque pas l’attaque du lézard géant cracheur de feu.

Personnellement, j’ai remarqué une moindre capacité à me concentrer, un déficit d’attention, une espèce de sentiment d’être droguée, en manque, dans le besoin. Et une perte de temps énorme, bien sûr. J’essaie de traiter cela comme une (très) mauvaise habitude, une addiction. C’est donc ça, ce fameux stress qu’on ressent quand on est constamment connecté, qu’on passe d’une appli à l’autre, qu’on ne sait même plus pourquoi on était venu!

J’ai décidé d’abolir Facebook et Instagram pendant le week-end. C’est une règle que je m’auto-impose depuis déjà deux semaines, et j’apprécie cette déconnexion.

*****

Un peu plus sur les travers des réseaux sociaux

À cause des réseaux sociaux — que je voudrais quitter mais je n’y arrive pas, car pour certaines personne c’est mon seul moyen d’être en contact avec elles — je suis moins créative et moins performante. Quand j’écris sur ce blog, j’ouvre fréquemment ma page Facebook sans y penser. Si mon iPod Touch est à ma portée, je vais aller appuyer sur des boutons sans réellement le vouloir. Quelques exemples de situations:
* Je l’attrape pour prendre une photo et sans même que je ne le remarque, je me retrouve sur Instagram ou Messenger.
* Je regarde une série avec le Viking, je lui dis « tiens, il a l’air vachement jeune cet acteur, tu crois qu’il avait quel âge au moment du tournage? », je n’attends même pas la réponse: j’ouvre Safari et je demande à mon moteur de recherche. Puis je vais aller machinalement voir sur Instagram, je déroule le curseur, le Viking se lève alors pour prendre de la glace, faire pipi ou regarder qui lui a téléphoné quelques minutes plus tôt, du coup je continue dans ma quête du rien et une heure plus tard, je m’aperçois que… il est une heure plus tard! C’est un cercle vicieux!
* Je suis en train de répondre à un message sur Messenger, le Viking rentre du travail, je lève la tête mais je ne repose pas l’iPod, ou bien j’engage une conversation avec lui sans être déconnectée. Parce que je regarde des séries de photos de gens que je ne connais pas! C’est fou, non?

Au début de mon « grand remaniement des cartes », quand les choses ont commencé à se dégrader sérieusement par rapport à mes parents, j’ai désactivé les alertes sur Messenger. Ma mère me harcelait de messages pour savoir ce que le citron faisait à la minute et je ne supportais plus d’entendre le truc sonner ou de voir les alertes s’accumuler. Mais je n’arrivais pas pour autant à ignorer les messages!
J’ai enlevé Messenger pendant les vacances de Noël mais je l’ai remis un mois plus tard. Je trouvais peu pratique d’envoyer des photos en passant d’abord par mes e-mails, puis je devais toujours passer par l’ordinateur. Je compensais avec ce dernier, en l’utilisant plus souvent, pour ouvrir Facebook en page web par exemple. Je me perdais ainsi à coup de clics par ci ou par là.

Maintenant, j’essaie de laisser mon iPod loin de moi quand je m’installe sur le canapé, que j’allaite le citron, que je prépare à manger, etc. Je le traite de plus en plus comme un simple appareil photo numérique. Ce n’est vraiment pas facile, car la tentation est là. Pendant la tétée, s’il se trouve là par hasard, je le « jette » au loin: il a une coque anti-choc ;-) Ainsi j’espère réapprendre à ne faire qu’une chose à la fois.

Je me tâte à supprimer Instagram, qui est, pour moi, plus chronophage que Facebook. Ce n’est pas un compte public, je mets les photos du citron sur un album Flickr, donc à quoi bon garder une application qui fait un peu double-emploi? Certes ça me passait le temps pendant mes nuits insomniaques de grossesse…
J’ai bien rigolé en lisant cet article à propos de l’application. D’ailleurs quand l’auteur dit qu’elle faisait attention à la chromie de ses photos, ça m’a rappelé que j’ai lu récemment une « youtubeuse connue » qui disait que son mari lui avait envoyé une jolie photo lors d’un voyage et qu’elle l’a mise sur son Instagram mais en changeant la couleur « car sinon ça n’allait pas avec le reste ». Là je me suis dit que c’était le moment d’arrêter les frais.

Quant à la vie fortement éditée, je pense que les gens de mon âge (oui bah, je fais ma petite vieille de 30 ans) ne sont pas assez beubeu pour se dire que c’est du vrai. Il y a souvent un énorme décalage entre ce qui est montré et la réalité du quotidien. Ça risque de faire beaucoup plus de mal aux adolescents qui cherchent alors à atteindre une vie qui n’existe pas. La référence au couple qui se fait chier au restaurant dans cet article est aussi très parlante. On connait tous des amis, ou des amis d’amis d’amis, qui se séparent alors que « tiens sur Facebook/Instagram/Snapchat, ils avaient l’air si heureux ».
Par extension, j’en suis coupable: j’ai moi aussi participé au jeu mère/fille qui se laissent des commentaires trop gentils et qui ont l’air super proches. Si on l’affiche ainsi, c’est que c’est vrai aux yeux des autres. Et comme aujourd’hui, en 2017, à cause des réseaux sociaux, on existe surtout aux yeux des autres, n’est-ce pas là la preuve que tout va bien? On veut y croire.

Remarquez, avec le pavé que je viens de pondre, vous allez peut-être vous dire « mais elle nous gave avec ses trucs, qu’elle se taise et nous mette une photo, ça ira plus vite » ;-)

Six mois de toi et moi

Tes sourires, tes « reuhreuh » et tes petites mains sur mon visage. Tes pieds qui s’envolent avec tes rires, tes orteils qui gigotent, tes yeux qui cherchent les miens. J’absorbe chaque moment de toi et moi comme si le temps n’existait pas.

img_2908

Dimanche matin.
Le jour est blanc, froid, nuageux. Je t’entends babiller. Je me penche au dessus de ton lit et tu m’accueilles avec ton langage bien à toi. Je caresse ton visage, je te dis des mots d’amour. Tu me les rends d’un seul regard.

Le chat miaule devant la porte. « On va lui ouvrir, on la laisse entrer? », je te demande. Tu me souris et bats des mains. Je sens là la naissance d’une future grande amitié.

Je te tends les bras; tu me laisses te prendre tout contre moi et te renifler les quelques cheveux que tu arbores.
« On réveille Papa? » Je te pose dans notre lit, au milieu de nous. Tu as faim mais tu tolères ces quelques minutes en famille.

Je descends les escaliers, tes petits bras autour de mon cou, ta tête sur mon épaule. Je t’installe au sein, tu têtes dans cette intimité suprême que l’on partage depuis six mois. Six mois de toi et moi. Six mois à sentir ta respiration contre ma peau, à observer ton regard repus, à essuyer une petite goutte de lait qui perle au coin de ta bouche. Six mois où chaque jour je t’aime six fois plus qu’hier et six fois moins que demain.

Tu passes dans les bras de ton père. Tu nous gratifies d’une conversation enjouée. J’attrape mon café. Le ciel est paisible, le monde semble lent. Je crois que mon coeur s’arrête un instant. J’existe pour tous ces dimanches matins.