Travail, stress et relaxation

En général, je ne suis pas quelqu’un de très stressé. C’est presque quelque chose qui m’est reproché ici aux USA, où je passe pour nonchalante: on me fait souvent sentir que je devrais m’inquiéter plus pour mon emploi, que je devrais me plier en quatre pour satisfaire mon employeur, qu’il vaut mieux être un bon collègue (quelqu’un qui dit toujours oui et ne s’écoute jamais?) et un prof passable que l’inverse. Dans le pays où on peut être renvoyé sans raison et où on a tendance à vivre pour son travail, ça n’étonne pas. Il n’y a pas de filet de sécurité, pas d’indemnisations, et très peu d’aides financières. La relation à l’emploi est l’une des différences culturelles les plus frappantes.

J’ai souvent entendu « arrête de penser comme une française », « on est loin de tes 35 heures » ou le fameux « ici, ce n’est pas comme ça ». Je ne mords pas à l’hameçon!
J’aspire à une vie plus lente, plus douce et plus respectueuse des rythmes biologiques humains. J’exige un confort familial (d’autant plus depuis la naissance du citron) et je refuse de le sacrifier au nom de je ne sais quel dû qu’on aurait par rapport à notre boss. Regardons à quel point les scandinaves sont productifs avec leur journée de 6 heures! Plus on est en mode remplissage, moins on est créatif…

Dans le même esprit du minimalisme matériel qu’on pratique dans cette famille, je souhaite travailler moins pour travailler mieux. Je suis en train de créer mon emploi.

J’y pensais depuis plusieurs années. Je voulais me mettre à mon compte, mais là encore je fonctionnais comme une française et me disais que c’était une chimère. Si les USA m’ont appris quelque chose, c’est bien qu’on peut se recycler à volonté! Créer son entreprise n’est pas le parcours du combattant. Une idée concrète m’est venue en décembre, quelques semaines avant que j’apprenne qu’une collègue prendra mon poste l’an prochain car le sien est supprimé. Dernière arrivée, première à partir. C’est l’occasion de ne pas reculer! Je ne peux plus avoir peur, on me donne enfin l’opportunité de travailler pour moi.
Je me forme, je construis mon profil professionnel, je m’apprête à mettre le nez dans un peu de paperasse. Je me languis de cette indépendance qui sera mienne au début de l’été!

Il me reste deux semaines de congé maternité. Je me vois dans l’obligation (financière, cette fois, car c’était un congé sans solde tout du long) de retrouver mes élèves et mon tableau électronique pour les 12 semaines de cours qu’il reste. D’où mon stress.
C’est au tour du Viking de rester à la maison! Et même si je me réjouis des moments privilégiés qu’il va passer avec son fils, la transition ne sera pas facile. Le rythme, les diverses obligations, les personnalités conflictuelles, la déception que provoque en moi l’éducation traditionnelle… Ceux qui sont profs ou qui vivent avec un prof le savent: la journée ne s’arrête pas quand on entre dans sa voiture le soir. C’est un métier chronophage, qui mange sur la vie de famille à coups de copies à corriger, d’e-mails de parents et de leçons à planifier (non, on ne fait pas qu’ « utiliser le bouquin »…).

Heureusement que le printemps arrive. Ca sera toujours plus sympa de devoir réveiller Oscar pour lui donner le sein avant de partir s’il y a du soleil qu’en fond de tempête de neige! Si vous saviez comme j’ai mal au coeur d’être sur le point de lui casser ses rythmes naturels pour le conformer aux obligations sociétaires alors qu’il aura tout juste 8 mois…
Mon tirage de lait se passe mal. C’est purement psychologique: j’ai plein de lait, mais mon cerveau envoie le message à mes seins de le garder pour nourrir un bébé directement, non pas pour l’envoyer au congélateur. Il me faut 5 jours pour tirer la quantité d’un seul repas, alors que le citron mange directement à sa faim à volonté, le reste du temps! Un autre signe que tout ceci n’est pas naturel.

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une heure, deux seins…

J’ai trois techniques pour m’aider dans la gestion du stress:

J’ai (re)découvert récemment la méditation guidée. 
Je suis allée à un séminaire de rééducation du périnée proposé par une prof de yoga, qui nous a guidé dans une relaxation pour terminer le cours. C’est lors de cet exercice final que je me suis dit « tiens, ça marche vraiment bien sur moi, il faudrait que je puisse le faire tous les jours ». C’est vrai que j’aimais beaucoup cette partie quand je prenais un cours de yoga. Au début, c’était surtout en rapport avec l’éviction de mes parents de ma vie, mais c’est rapidement devenu un outils quotidien. J’ai fait un peu de recherches puis je suis tombée sur l’application Meditation Studio. Je n’ai pas de smartphone, mais elle passe sur iPod Touch (et iPad) aussi. On peut naviguer différents thèmes, trouver une méditation qui nous convient autant au niveau du sujet que du temps demandé, puis la télécharger: il n’y a pas besoin d’être connecté à internet pour l’écouter ensuite.

L’interface est neutre, elle ne distrait pas. Vous pouvez ajouter un bruit de fond à la voix du prof, comme par exemple des carillons ou de la pluie (ces deux-là sont ceux que je préfère). L’application coûte $4 et donne accès à plein de cours, qui sont sans cesse mis à jour sans avoir besoin de payer à nouveau. Pas besoin de matériel: il suffit d’un siège confortable ou d’un endroit où s’allonger.

Après quelques recherches, j’ai trouvé l’application Petit BamBou en français, qui me semble extrêmement similaire. Leur catalogue est large, il y a même une série sur la parentalité bienveillante!

L’écriture est un exutoire formidable.
Je parle beaucoup avec le Viking, mais il n’est pas toujours présent. C’est avec lui que je debrief le plus les trucs négatifs qui se passent dans ma vie, au jour le jour. Quand il n’est pas là, ou que certaines situations se prêtent mieux à l’écriture qu’à la parole, c’est à mon clavier que je m’en remets.
Si j’écris souvent sur du papier, j’ai cependant trouvé en OmmWriter un programme formidable. Il s’agit d’une interface qui prend tout votre écran, afin de ne pas vous laisser vous distraire. Vous ne pouvez pas passer à une autre fenêtre à moins de fermer le programme complètement: c’est une aide à la concentration.

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(le petit truc qui dépasse à gauche ne vient pas de l’interface, c’est le raccourci de mon programme de tableau électronique pour l’école)

Vous pouvez changer l’image, sélectionner une mélodie apaisante en fond sonore, choisir la taille de votre petit cadre (qui disparait si vous bougez la souris, pour encore plus de minimalisme). Vous pouvez également choisir un son de clavier (effet machine à écrire, par exemple) ou le rendre silencieux.

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OmmWriter est payant: vous pouvez donner ce que vous voulez, à partir de $5.11
De mon côté, je me le suis offert pour $7. C’est achetable de n’importe quel pays.

Week-ends sans réseaux sociaux
Les gens qui vont sans cesse sur leurs applications de réseaux sociaux sans y penser reportent un niveau de stress de 5.3/10… À savoir que la moyenne de stress est de 4.4!
Nos cerveaux sont programmés pour répondre à un changement de stimuli rapide: c’était logique à l’époque des femmes des cavernes, qui devaient se partager entre la cueillette, la cuisine, les enfants, les mammouths, les insectes dangereux, le mari qui n’allait peut-être pas revenir de la chasse en un seul morceau, les virus tueurs, la météo peu clémente et la vie dans une grotte, la communication à coups de syllabes gutturales et j’en passe. Cette biologie, c’est ce qui nous empêche d’ignorer le dernier post sur Insta ou le message Facebook d’un ami, et qui nous stresse ainsi. Pourtant, si on ne répond pas de suite, on ne risque pas l’attaque du lézard géant cracheur de feu.

Personnellement, j’ai remarqué une moindre capacité à me concentrer, un déficit d’attention, une espèce de sentiment d’être droguée, en manque, dans le besoin. Et une perte de temps énorme, bien sûr. J’essaie de traiter cela comme une (très) mauvaise habitude, une addiction. C’est donc ça, ce fameux stress qu’on ressent quand on est constamment connecté, qu’on passe d’une appli à l’autre, qu’on ne sait même plus pourquoi on était venu!

J’ai décidé d’abolir Facebook et Instagram pendant le week-end. C’est une règle que je m’auto-impose depuis déjà deux semaines, et j’apprécie cette déconnexion.

*****

Un peu plus sur les travers des réseaux sociaux

À cause des réseaux sociaux — que je voudrais quitter mais je n’y arrive pas, car pour certaines personne c’est mon seul moyen d’être en contact avec elles — je suis moins créative et moins performante. Quand j’écris sur ce blog, j’ouvre fréquemment ma page Facebook sans y penser. Si mon iPod Touch est à ma portée, je vais aller appuyer sur des boutons sans réellement le vouloir. Quelques exemples de situations:
* Je l’attrape pour prendre une photo et sans même que je ne le remarque, je me retrouve sur Instagram ou Messenger.
* Je regarde une série avec le Viking, je lui dis « tiens, il a l’air vachement jeune cet acteur, tu crois qu’il avait quel âge au moment du tournage? », je n’attends même pas la réponse: j’ouvre Safari et je demande à mon moteur de recherche. Puis je vais aller machinalement voir sur Instagram, je déroule le curseur, le Viking se lève alors pour prendre de la glace, faire pipi ou regarder qui lui a téléphoné quelques minutes plus tôt, du coup je continue dans ma quête du rien et une heure plus tard, je m’aperçois que… il est une heure plus tard! C’est un cercle vicieux!
* Je suis en train de répondre à un message sur Messenger, le Viking rentre du travail, je lève la tête mais je ne repose pas l’iPod, ou bien j’engage une conversation avec lui sans être déconnectée. Parce que je regarde des séries de photos de gens que je ne connais pas! C’est fou, non?

Au début de mon « grand remaniement des cartes », quand les choses ont commencé à se dégrader sérieusement par rapport à mes parents, j’ai désactivé les alertes sur Messenger. Ma mère me harcelait de messages pour savoir ce que le citron faisait à la minute et je ne supportais plus d’entendre le truc sonner ou de voir les alertes s’accumuler. Mais je n’arrivais pas pour autant à ignorer les messages!
J’ai enlevé Messenger pendant les vacances de Noël mais je l’ai remis un mois plus tard. Je trouvais peu pratique d’envoyer des photos en passant d’abord par mes e-mails, puis je devais toujours passer par l’ordinateur. Je compensais avec ce dernier, en l’utilisant plus souvent, pour ouvrir Facebook en page web par exemple. Je me perdais ainsi à coup de clics par ci ou par là.

Maintenant, j’essaie de laisser mon iPod loin de moi quand je m’installe sur le canapé, que j’allaite le citron, que je prépare à manger, etc. Je le traite de plus en plus comme un simple appareil photo numérique. Ce n’est vraiment pas facile, car la tentation est là. Pendant la tétée, s’il se trouve là par hasard, je le « jette » au loin: il a une coque anti-choc ;-) Ainsi j’espère réapprendre à ne faire qu’une chose à la fois.

Je me tâte à supprimer Instagram, qui est, pour moi, plus chronophage que Facebook. Ce n’est pas un compte public, je mets les photos du citron sur un album Flickr, donc à quoi bon garder une application qui fait un peu double-emploi? Certes ça me passait le temps pendant mes nuits insomniaques de grossesse…
J’ai bien rigolé en lisant cet article à propos de l’application. D’ailleurs quand l’auteur dit qu’elle faisait attention à la chromie de ses photos, ça m’a rappelé que j’ai lu récemment une « youtubeuse connue » qui disait que son mari lui avait envoyé une jolie photo lors d’un voyage et qu’elle l’a mise sur son Instagram mais en changeant la couleur « car sinon ça n’allait pas avec le reste ». Là je me suis dit que c’était le moment d’arrêter les frais.

Quant à la vie fortement éditée, je pense que les gens de mon âge (oui bah, je fais ma petite vieille de 30 ans) ne sont pas assez beubeu pour se dire que c’est du vrai. Il y a souvent un énorme décalage entre ce qui est montré et la réalité du quotidien. Ça risque de faire beaucoup plus de mal aux adolescents qui cherchent alors à atteindre une vie qui n’existe pas. La référence au couple qui se fait chier au restaurant dans cet article est aussi très parlante. On connait tous des amis, ou des amis d’amis d’amis, qui se séparent alors que « tiens sur Facebook/Instagram/Snapchat, ils avaient l’air si heureux ».
Par extension, j’en suis coupable: j’ai moi aussi participé au jeu mère/fille qui se laissent des commentaires trop gentils et qui ont l’air super proches. Si on l’affiche ainsi, c’est que c’est vrai aux yeux des autres. Et comme aujourd’hui, en 2017, à cause des réseaux sociaux, on existe surtout aux yeux des autres, n’est-ce pas là la preuve que tout va bien? On veut y croire.

Remarquez, avec le pavé que je viens de pondre, vous allez peut-être vous dire « mais elle nous gave avec ses trucs, qu’elle se taise et nous mette une photo, ça ira plus vite » ;-)

3 commentaires sur « Travail, stress et relaxation »

  1. Non je ne dirais pas cela :) j’aime bien trop tes mots ! Félicitation pour ton projet :) tu nous en diras plus? Le monde du travail au US que tu devrais ne fais pas trop rêver mais il paraît qu’être entrepreneur est plus facile… !

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