Le citron vert

J’allais dire, « je ne vais pas vous faire un diagramme pour vous expliquer la conception du citron vert », mais en fait, si, haha:

Screen Shot 2016-02-21 at 9.20.41 AM

Le 13 décembre dernier, j’avais deux jours de retard, des crampes assez intense, et je ne pouvais pas dormir sur le ventre tant ma poitrine me faisait mal. Le Viking m’a vue m’habiller et, avisant mes nouveaux atouts, m’a dit « han, je suis sûre que tu es enceinte, fais un test! ». J’ai un cycle super long, j’ai nié. Nous essayions depuis 20 jours, autant vous dire que quand le test a tourné au positif, le Viking, tel un tireur d’élite, s’est enflammé de fierté.

La photo avec la flèche date de la semaine 7, à peu près au moment où j’ai commencé à avoir tout un tas de symptômes plus horribles les uns que les autres. Je suis actuellement dans la deuxième partie de ma semaine 14, et voici la progression du bidon:
Screen Shot 2016-02-21 at 9.33.51 AMPour ma plus grande joie, mon ventre commence à s’arrondir par le dessus, et je pense que d’ici peu, j’aurais l’air plus enceinte qu’amoureuse de la bonne nourriture.

Qu’ai-je appris jusqu’ici? Bah, mes amis, la grossesse, c’est moche!
*De la semaine 7 à la semaine 12, j’ai eu d’horribles nausées toute la journée. Je n’ai pas vomi une seule fois, mais ça n’en a pas rendu les choses moins difficiles pour autant. Maintenant, les jours de nausée complète se font plus rares. Ça démarre systématiquement le soir, après 17h, et dure jusqu’à ce que j’aille me coucher. C’est moins fort qu’au début, quand je revenais du travail en 4ème vitesse pour pouvoir m’allonger avec ma racine de gingembre que je sniffais pendant des heures pour me calmer…

*Impossible de me laver les dents sans manquer de vomir à chaque fois. Le soir c’est pire, mais ça me fait le coup le matin également. Depuis la semaine 7, je ne peux plus du tout me brosser la langue (vive l’haleine de poney), et je dois vraiment prendre sur moi pour me passer du fil dentaire: je suis passée de tous les soirs à une fois sur quatre. Et évidemment, je me transforme en vampire quand je le fais.
Le goût du dentifrice est aussi un problème, le Viking m’a alors acheté du dentifrice pour enfant à la fraise.

*Je suis constipée comme un lapin nain sous-alimenté, et même si je commence maintenant à avoir moins de gaz, j’étais tant embarrassée au début que je voulais dormir séparément du Viking. Heureusement, dans sa grande coolitude, il s’y est mis aussi, pour couvrir bruits et odeurs :-P

*J’ai une pilosité à faire pâlir d’envie Sébastien Chabal. Certes, mes cheveux sont abondants, mais je suis yéti de partout ailleurs, et mon déo habituel est presque rendu inactif.

*Merci les hormones, je me tape la fameuse rhinite de grossesse. Les oestrogènes, en surnombre, font réagir les muqueuses de mon nez et de mes oreilles comme lors d’une réaction allergique. J’ai donc le nez bouché et sec en permanence, les yeux bouffis et qui coulent sans prévenir, et parfois une oreille bouchée (elles s’alternent). Ça me provoque aussi des maux de tête pour lesquels le seul remède est le sommeil. Sauf que, en position couchée, ce pif en pleine révolution est pire que tout! (dans la journée, c’est supportable, il suffit juste d’avoir une boite de mouchoirs à portée de main).
Ça va de pair avec des saignements de nez. En général, c’est pas trop horrible, mais il m’est arrivé une fois où, tout bêtement en mettant de la crème sur mon nez qui pelait, j’ai d’un coup eu l’air d’avoir fighté avec Rocky. Il y en avait plein le lavabo, le mur, mes dents, mon menton, bref, c’était Halloween en janvier.

*Merci encore les hormones, mais cette fois-ci la relaxine, ce truc responsable de rendre le pubis surtout, mais dans certains cas aussi les autres ligaments des femmes enceintes, plus souples (rien qu’au début de la grossesse, le bassin bascule pour déjà faire de la place). J’ai mal aux hanches, aux genoux, au dos, aux épaules, etc. et donc j’ai besoin d’un maximum de place dans le lit. Je me tourne, me retourne, fais des bonds, me colle plein d’oreillers au dessus, au dessous, sur les côtés, tant et si bien que le chat est exaspéré et que le Viking dort sur le canapé jusqu’à ce que mon boudin-coussin de grossesse arrive par la poste. La relaxine, cette hyène, est aussi la responsable des brûlures d’estomac.

*Ma vessie est passée d’une capacité normale à celle d’un dé à coudre, autrement dit 1h30 en mode normal, 4 à 5h en mode veille. Une nuit complète? Depuis 3 mois, je ne connais plus!

*Dans le même genre, j’ai déjà des insomnies. Après un réveil pour un petit pipi, je ne me rendors pas avant une heure, une heure trente. Comme je dois le plus souvent vidanger entre 4h et 5h du matin, et que je me lève à 6h pour aller travailler, très souvent je ne dors pas assez la nuit et je finis par siester  l’après-midi en rentrant, si je le peux.

*Un point 1/2 positif: j’ai des nichons de star du porno! Ça se voit d’ailleurs sur la photo de ma semaine 14, je ne porte pas de soutien-gorge… car je ne rentrais plus dans les miens. Je me suis depuis acheté des bonnets C (jamais, JAMAIS j’ai cru que ça m’arriverait dans la vie!) et je revis, je peux à nouveau marcher sans devoir me les tenir avec les mains! Ils sont encore sensibles, mais ce n’est rien comparé au début de la grossesse.

Et psychologiquement, alors? 
La grossesse non-bisounous, c’est important d’en parler. J’étais très mal au début.
Je suis passée, en fait, par différentes phases:

1. le déni 
Dur de prendre conscience qu’on est enceinte avant d’avoir des symptômes (mais croyez moi, j’ai fini par regretter les semaines où je ne me sentais pas comme sur un bateau en haute mer) et avant que ça se voit.

2. le choc 
Autant cet enfant a été voulu, autant, d’un coup, je n’en avais plus du tout envie!
Je voulais qu’on me rende ma vie d’avant, qu’on me laisse mon corps avec lequel j’étais enfin en paix, et je ne voulais surtout pas penser au futur qui allait changer du tout au tout. J’avais peur en allant dans les magasins et en voyant des vêtements de bébé, je refusais d’ouvrir les livres que j’avais pourtant achetés, je ne faisais plus aucune recherche sur le matériel de puériculture.

Cet état de malaise a duré jusqu’à la semaine 10, pour moi. Au début, je n’osais pas en parler: la grossesse est vue et dépeinte par la société comme cette période de bonheur intense, où la femme ne doit surtout pas se plaindre et, si par malheur elle ne se sent pas heureuse, on lui dit (ou lui fait sentir) que finalement, elle n’était peut-être pas prête, qu’elle aurait du attendre, que c’est déjà une mauvaise mère, qu’elle ne va pas réussir à s’occuper de son enfant une fois qu’il sera là, qu’elle va déprimer, et j’en passe. Je culpabilisais beaucoup de me sentir ainsi, et bien que je voulais faire la démarche d’en parler avec mon obstétricienne et ma sage-femme, je n’y arrivais pas.

Heureusement, j’ai pu en discuter avec le Viking et j’ai trouvé des amies et de la famille à qui parler. Ils m’ont écoutée, déjà. Ils m’ont aussi rassurée en me disant que les hormones me jouaient des tours et que j’étais bien normale. Que ça allait sûrement changer quand le citron vert allait grandir en moi, quand je le verrais lors d’une échographie, et que, surtout, ça ne voulait pas du tout dire que j’allais être incompétente après la naissance. Plusieurs amies m’ont également dit quelque chose de très important: on peut tout à fait ne pas aimer sa grossesse, et aimer très fort ensuite son enfant!

J’ai fait des recherches et j’ai découvert que la grande nostalgie est très fréquente au premier trimestre, et que ce n’est que quand cette déprime dure dans le deuxième trimestre qu’on s’inquiète et qu’il faut consulter. J’ai pu ainsi déculpabiliser et lâcher prise. Et puis, un jour, je me souviens que c’était un dimanche, je ne me suis plus sentie triste et j’ai accepté la présence du citron vert.

3. le sentiment de neutralité
De la semaine 10 à la fin de la semaine 12, début de la semaine 13, j’étais dans un état d’esprit neutre. Je n’étais plus triste et en état constant de regrets de ma vie d’avant, et ça changeait tout! L’arrêt de la déprime a aussi coïncidé avec une diminution de la force des nausées, donc je pense que le Viking avait raison et que ce mal-être était en partie lié au mal physique. J’ai commencé à être moins fatiguée, et je pouvais enfin penser au citron vert comme un être ayant déjà une existence et faisant partie de notre vie.

4. la joie 
Enfin!!! Je l’attendais avec impatience, elle qui a bien pris son temps avant de se pointer!
J’ai passé une échographie durant ma semaine 13, où j’ai enfin pu voir le citron vert. De plus, le Viking n’ayant pas pu venir (il n’a pas loupé une seule consultation jusque là), j’ai pu être seule avec mon citron, ce dont j’avais réellement besoin pour affirmer ce lien qui avait été si difficile au début. À ce stade, on voit déjà le profil à l’écho, la colonne vertébrale, et si le bébé bouge, les pieds et les mains. Le citron vert ayant de la place, il/elle danse sans cesse dans mon utérus (on me l’avait déjà dit lors d’une consultation où on cherchait juste à écouter le coeur) et bat des pieds et des mains, c’est assez impressionnant. Le fait de le voir a donné une réalité à cette grossesse, et c’est à ce moment-là que tout a vraiment commencé pour moi.

J’avoue aussi que le fait d’avoir ensuite une semaine de vacances m’a beaucoup aidée. J’ai pu prendre le temps d’être à la maison, toute la journée, seule avec mon citron, de penser à lui/elle, de l’imaginer dans mon ventre mais aussi d’imaginer son futur parmi nous, et notre nouvelle vie à trois (+ une féline poilue). J’ai accepté les changements de mon corps, le fait que je doive passer à une taille de soutif au dessus, les kilos à venir (mais je ne me pèse pas, je n’ai pas de balance pour humain), et j’ai eu envie d’acheter des vêtements de grossesse. Non seulement j’ai pu marcher sans paniquer entre les rayons bébé des magasins, mais j’en ai eu envie! Je suis carrément émue, en fait, quand je regarde des petits vêtements et doudous, et quand je vois des gens avec des bébés.
D’ailleurs, hier, nous étions à Old Navy pour que je me trouve un jean avec le fameux bandeau au ventre, et nous n’avons pas pu résister:

Screen Shot 2016-02-21 at 11.23.45 AM

Vous l’aurez compris, tout ceci a été un long processus pour moi, auquel je ne m’attendais pas, la faute à cette imagine d’Épinal de la grossesse.

Ah, et pourquoi le citron vert? Tout simplement parce que c’était la taille qu’il/elle avait la première fois que nous avons entendu son coeur battre. Maintenant il/elle a la taille d’un citron (jaune), donc on l’appelle invariablement l’un ou l’autre, mais je trouve qu’ajouter « vert », c’est plus rigolo!

2 commentaires sur « Le citron vert »

  1. J’en vuodrais bien un autre .. article dans ce genre, moi ! Et quand je pense qu’avec tous ces malaises tu as continué de donner tes cours, etc, je te dis CHAPEAU !

    Ma question du jour : est-ce que tu peux maintenant manger de tout et vivre plus normalement ?

    J'aime

    1. Le boulot a été une distraction formidable, et j’ai des grosses bonbonnes de bretzels derrière mon bureau, au cas où, héhé.
      Je ne mange toujours pas tout (je suis une enceinte quasi-végétarienne), mais j’ai beaucoup moins de dégoûts et d’envies spécifiques, le Viking n’a plus besoin de faire les courses tous les soirs :-) Je peux à nouveau sortir pour un café ou voir des gens, c’est bien!

      Aimé par 1 personne

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