Que se sont-ils dit?

Il faisait presque nuit noire. Seul un lampadaire, clignotant, sans doute insuffisant, permettait d’apercevoir quelques ombres sur le trottoir. Le bruit qui émanait du bar était là le seul témoin de toute activité environnante. Ce n’était pas un quartier retiré, mais le peu de publicité qu’il recevait avait ses avantages. Au son des moteurs automobiles et de quelques chiens aboyants se mélangèrent bientôt des pas, un peu précipités, un peu irréguliers. Des talons sur le pavé.

Il crut pouvoir reconnaitre la propriétaire des chaussures. Ce rythme, il le connaissait, il l’avait entendu des dizaines de fois. Il provoquait en lui une certaine tendresse qu’il avait du mal à expliquer. Il avait passé la journée à se convaincre qu’elle viendrait, et la soirée à préférer qu’elle ne vienne pas. Il secoua la tête, comme pour effacer ses idées. D’autres, probablement, portaient ce type de bottes et allaient entrer dans ce bar. Dans quelques instants, il retournerait s’asseoir au milieu de ses amis, et tandis que certains parleraient d’elle, il commanderait un autre verre et songerait à la prochaine fois qu’il la verrait, dans quatre ou cinq mois. Peut-être six.

Les pas se firent plus appuyés et se retrouvèrent soudain en haut des trois marches qui menaient à la porte d’entrée. La main sur la poignée, elle l’entrouvrit. Des rires, sur fond musical, le sortirent de ses pensées et il leva la tête. Pendant quelques secondes, le visage d’Olivia se trouva au coeur du faible rayon de lumière, et il en eut le coeur net. Il hésita à l’avertir de sa présence dans un raclement de gorge mais se ravisa au moment où elle prononça son nom.

Elle sourit faiblement et se rapprocha de lui, mais il ne sortit pas de la pénombre. Ils conversèrent quelques minutes, pendant lesquelles il gardait tantôt les yeux fixés sur ses chaussures, tantôt sur les mains d’Olivia, qui bougeaient au rythme de ses mots.

Soudain, elle fit un pas en arrière. Il parlait et elle le regardait comme on contemplerait une oeuvre d’art, hochant parfois la tête. C’était cet acquiescement silencieux qui le poussait à continuer, et alors qu’il relevait machinalement le col de son blouson, elle tendit une main dans sa direction. Il s’arrêta net et enfonça ses deux mains, glacées par le vent, dans les poches arrières de son jean, comme pour les emprisonner quelque part. Comme pour les empêcher d’être les actrices de quoi que ce soit.

Machinalement, Olivia tourna la tête en direction de la vitre, derrière laquelle elle croisa le regard impatient d’une amie qui l’attendait à l’intérieur. En quelques secondes, en silence et sans même sourciller, elle lui communiqua qu’elle resterait dehors encore un peu. Avec lui.

Il s’était interrompu et elle en avait profité pour s’adosser au mur à son tour, ne laissant que peu d’espace entre leurs corps. Elle le fixait mais il ne soutenait son regard que de temps à autre, entre ses phrases devenues plus courtes, plus lasses. Elle se dit qu’il était fatigué, sans doute privé de sommeil, et chercha quelque indice de cet état dans ses mots.

Le silence sembla durer une éternité. Olivia le poussa du coude, et enfin il la regarda dans les yeux. Elle articula quelques mots et posa sa main sur son visage, étrangement chaud pour une nuit d’hiver. Elle s’y attarda un peu, mais il ne sortit pas les siennes de ses poches. À nouveau, il baissa la tête et elle retira sa main, puis franchit la porte du bar en le laissant derrière elle.

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À vous, si vous aimez écrire, d’inventer les dialogues à ajouter à cette scène.
Faites-le ici en commentaire, envoyez-moi un email pour que je les publie si vous le voulez, ou encore rejoignez la page Facebook créée ce matin et qui s’appelle Tranches de vie. Comme je l’ai dit hier, j’ai envie d’écrire…

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